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28495_416074574858_617929858_5208893_1421550_nDes jeunes “teenagers” qui se jettent d’un pont, des mineurs qui violent un étudiant, des tracasseries graves qui mènent des enfants jusqu’au suicide, de la violence à l’école, du chantage, des dépressions,… Y a t’il un problème  spécifique avec nos enfants d’aujourd’hui ou ces excès sont-ils un phénomène de tous les temps ?

« Les enfants sont le produit de leur époque » nous dit Bleri Lleshi, qui travaille avec les jeunes. Ils vivent dans un système impitoyable qui met l’accent sur le matérialisme, le succès et la compétition. Cela entraîne du stress, de l’insécurité, des frustrations et des excès. »

Bleri Lleshi est un philosophe politique bruxellois, il écrit des blogs, réalise des documentaires et travaille beaucoup avec des jeunes.

RL: Nos jeunes, ont-ils un problème?

Bleri Lleshi: “Certainement. Il est vrai que nos jeunes ont des problèmes. Mais ces problèmes ne sont pas seulement de leurs fautes. C’est notre système qui ne marche pas. Nous nous trouvons dans une société où il n’y a que le succès qui compte. Une méritocratie où presque tout tourne autour du matérialisme, de la consommation et de l’intérêt personnel. Pour les jeunes il est important de pouvoir faire partie dans cette société de la consommation. Mais, à cause du nombre croissant d’enfants qui vivent dans la pauvreté et des problèmes socio-économique qui s’y ajoutent, ceci devient de plus en plus difficile pour un groupe de plus en plus vaste. Toute notre société est pénétrée par la compétition. Tout le monde veut être vu, veut exceller et veut avoir du succès. On  vaut quelque chose que quand on est meilleur que les autres.  Cela entraîne beaucoup de stress, d’incertitudes, de hantise de l’échec et de frustrations chez les jeunes. Les médias donnent de l’attention qu’à trois groupes de jeunes en particulier : la soi-disant « crapule » qui se conduit mal, les victimes et les acteurs, les sportifs et les talents qui participent à «The Voice » ou « Belgium’s got talent ». Il y a donc un groupe énorme de jeunes qui ne reçoit aucune attention. Ils ne sont pas vus, ils n’existent pas.. Quel cauchemar, d’être simplement un “jeune normal” dans cette société…

RL: Est-ce que les jeunes sont moins capables de se défendre qu’autrefois ?

Lleshi: “ Les jeunes d’aujourd’hui ont moins de résistance morale parce  qu’on les forme comme cela. Nous les élevons comme des êtres sans esprit critique. A l’école, ils sont obligés d’apprendre des choses par cœur et de se comporter comme on le leur dit. Dans ce pays, il y un manque énorme d’une culture du dialogue. Trop souvent, les jeunes quittent l’école tout comme les voitures d’une usine : ce sont des produits de masse qui n’ont point appris à penser de façon créative. Tandis qu’ils pensent avoir une opinion propre, leurs mots n’ont guère de poids ou de substance. Ils ne savent pas comment formuler une critique qui sera pertinente.

Il faut apprendre aux jeunes à s’exprimer uniquement quand ils possèdent une connaissance certaine du sujet qu’ils discutent et à développer un esprit critique affuté.

Ils seront, alors, mieux armés dans la vie et ils pourront se parer contre le stress et les dépressions. »

RL: Beaucoup de parents travaillent et ils n’ont pas de temps pour s’occuper de leurs enfants. Cela joue-t-il un rôle?

Lleshi: “Je pense que oui. Les liens entre enfants, parents, instituteurs,etc..sont trop faibles. Trop souvent, les parents ne peuvent guère se libérer afin de s’occuper vraiment avec leurs enfants et s’ils y arrivent, on appelle ça du «quality time » (temps de qualité). Ce n’est pas normal ! Les parents doivent s’occuper plus de leurs enfants. L’éducation est quelque chose d’essentiel et les parents ont, bien-sûr, une responsabilité prépondérante afin de transformer leurs enfants en des individus forts qui auront un meilleur futur.

RL:Tout est possible dans notre société moderne. Est-ce que les jeunes disposent de ces nombreux choix ?

Lleshi: “Je me demande si nous avons vraiment tellement de choix. Dans le supermarché, sans doute. En dehors de ça, nous avons perdu beaucoup de certitudes. Auparavant on savait que si on étudiait bien, on aurait un bon poste, on pourrait s’acheter une maison et prévoir un foyer stable pour ses enfants. Quels jeunes peuvent encore rêver de cela? Personnellement, je connais beaucoup de jeunes qui n’arrivent pas à trouver du travail, même lorsqu’ils ont obtenu un diplôme universitaire.

Bleri Lleshi voit un tas de solutions et insiste qu’il n’est certes pas pessimiste. “A Bruxelles, je travaille souvent avec des jeunes soi-disant ‘difficiles’. Pourtant, si on leur donne des responsabilités dans  projet intéressant, on est surpris et étonné de voir le potentiel dont ils disposent, ils savent faire énormément de choses.

Rendre les jeunes plus forts commence au niveau local. Par exemple en les faisant coopérer sur la création de documentaires, de blogs, des projets de quartier,… Ou encore en leur donnant un forum afin qu’ils puissent extérioriser leurs opinions, leurs histoires et leurs expériences. C’est bien le rôle de la politique de soutenir des projets comme ceux-là. »

“Par ailleurs, il est claire que l’enseignement a besoin d’être réformé. Chaque instituteur et professeur est bien d’accord pour dire qu’il y a trop de compétition dans le système scolaire. Cependant rien ne bouge ! Il faut préparer les jeunes à un job mais il faut aussi les former à devenir des  citoyens critiques et amener le corps professoral à laisser de la place pour des opinions dissidentes. Les jeunes, aussi, ont besoin de donner un sens à leur existence. Mais, où peuvent-ils aller quand ils sont confrontés à ces questions existentielles ? C’est peut-être une opportunité pour les mouvements de jeunesses ou les assistants sociaux ? Travailler avec des jeunes est bien plus que leur donner un ballon ou un jeu vidéo. Il faut parler de leurs problèmes, discuter, être critique et surtout, les prendre au sérieux.

Raf Liekens, Gazet van Antwerpen 1/12/12

In het Nederlands https://blerilleshi.wordpress.com/2012/12/01/wat-is-er-aan-de-hand-met-onze-jeugd-interview-met-bleri-lleshi-gva-0112/

Traduction du néerlandais par Monique Spithoven

Foto: Lucia Russo

https://blerilleshi.wordpress.com/

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

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