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olivier-gJ’ai lu, ces jours-ci, des nouvelles intéressantes concernant les langues. David Cameron, Premier ministre britannique, a proposé l’instauration de tests de langue pour les migrants d’un autre pays de l’Union européenne, mesure qui irait à l’encontre de la mobilité des personnes. Dans la foulée, le Lidl de Kirkcaldy a interdit à ses employés Polonais de parler leur langue. 

Nous sommes bien placés en Belgique pour savoir comment la langue peut être un élément de crispation identitaire et de repli . Le néerlandais a ainsi été instrumentalisé pour ériger de nouveaux murs et délimiter les frontières de la Flandre indépendante dont rêvent ses élus. Notre ancien Premier ministre, Yves Leterme, se demandait par ailleurs si les Francophones avaient «les capacités intellectuelles» nécessaires pour apprendre le néerlandais. Blijkbaar niet.

De pont, la langue est devenue digue.

En France, le débat autour de la loi Fioraso sur -entre-autres- l’enseignement en langues étrangères au niveau supérieur a relancé le débat sur la place de la langue française dans un monde tendant à l’unilinguisme. 20 ans après la Loi Toubon sur la place du français dans l’espace public, ce débat reste d’actualité, en France et ailleurs.

Nous pouvons, grosso modo, diviser les protagonistes en deux camps : les partisans de la diversité culturelle et donc de la défense des langues, et les partisans d’une uniformisation linguistique qui permettrait, selon eux, une meilleure insertion dans le marché mondial. Une approche culturelle et politique contre une approche utilitariste et économique, pour résumer.

On pourrait s’attendre à ce que l’Union européenne, chantre de la démocratie, de la diversité culturelle et des droits soit à la pointe du combat pour la diversité linguistique. C’est le cas, du moins dans les textes.

Dans les faits, la Commission Junker a encore vu fondre l’importance du multilinguisme. Dans la première Commission Barroso, Leonard Orban était Commissaire au multilinguisme, alors un portefeuille en soi. Dans la suivante, Androulla Vassiliou était Commissaire à l’éducation, à la culture, au multilinguisme et à la jeunesse. Une compétence parmi d’autres, donc. Dans l’organigramme officiel de la Commission Juncker, les mots «multilinguisme» ou «langues» ont disparu.

Où sont donc les questions liées au multilinguisme, pierre angulaire d’une Europe «Unie dans la diversité» ? Dans le portefeuille du Commissaire à l’emploi, les compétences linguistiques étant de plus en plus importantes pour en trouver un ? Dans celui du Commissaire aux affaires intérieures et à la citoyenneté, la langue étant un des piliers de l’identité et de la pratique de sa citoyenneté? Dans celui de la Commissaire aux affaires sociales, aux compétences et à la mobilité des travailleurs ? Non, le multilinguisme est cantonné dans le portefeuille du Commissaire de l’Éducation, de la culture, de la jeunesse et des sports. Il faut le savoir, et pour cela explorer les sites respectifs du Commissaire Tibor Navracsics et de la DG Éducation et culture. Qui, but of course, ne sont qu’en une seule langue.

Certains États membres (Allemagne, Espagne, France) continuent à promouvoir leur langue au travers de leurs réseaux culturels respectifs, mais la plupart semble avoir fait le deuil d’une Europe représentant ses populations (et donc leur langues) au profit d’une Europe utilitaire fondée sur une vision libérale de l’efficacité.

Les frais de traduction et le temps passé à naviguer d’une langue à l’autre sont ainsi considérés comme des coûts, alors qu’il s’agirait plutôt, à mon sens, d’investissements pour une meilleure compréhension et représentativité de tous. Question de point de vue.

Mais il faut également noter que l’unilinguisme a un coût économique: de nombreux documents doivent tout de même être traduits d’un globish bancal vers des langues compréhensibles. Les faibles compétences linguistiques des citoyens font perdre des parts de marché aux entreprises européennes et constituent un obstacle à la mobilité d’un État membre à un autre (et donc à un marché intérieur plus fluide). Plus généralement, le mono-culturalisme, conséquence logique de l’unilinguisme, empêche de penser autrement que ce que le courant dominant impose, et donc d’innover, car il gomme la complexité du monde.

Rappelons que si les débats concernant l’usage des langues sont si souvent enflammés, c’est bien parce que la langue est une des bases de notre identité et qu’elle façonne comment nous appréhendons le monde. Elle est la fondation sur laquelle l’avenir de chacun se construit. Le reconnaître, ce n’est pas faire preuve de passéisme, mais au contraire être résolument moderne et accepter la complexité du monde d’aujourd’hui. C’est accepter que nous avons quelque chose à apprendre de l’Autre, et que nous avons quelque chose à lui apprendre.

C’est accepter que la diversité est un capital, et non une charge.

Olivier Gbezera est chroniqueur. Sa chronique Outre-Quiévrain apparaît mensuel sur le blog de Bleri Lleshi.

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