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olivier-g2015 est désormais bien entamée: la crise (de l’euro, de l’Europe, de la politique, au choix) est toujours là, les gouvernements et ministres se succèdent cahin-caha et les signes d’un véritable renouveau politique continuent à se faire désirer.

Sans doute est-il normal que la démocratie dans des pays prospères mène à un consensus mou, plus ou moins conservateur du fait du vieillissement de la population, plus ou moins libéral du fait de son enrichissement, plus ou moins sécuritaire du fait des inégalités inhérentes à ce même libéralisme.

Sans doute est-il normal que l’ébullition se porte aux extrêmes, le grand centre échouant à réaliser ses promesses de changement (comme le président Hollande) ou y renonçant explicitement, avouant son incapacité à se renouveler (comme la droite française). Le soubresaut républicain en France s’est noyé dans des débats politiciens pour ou contre l’ouverture des magasins le dimanche.

Sans doute est-il également normal que ce soit l’extrême-droite qui ait le plus voix au chapitre, ses idées étant la suite logique du darwinisme social et économique prôné par une frange de la droite, quand elles n’en sont pas directement l’inspiration.

Mais même l’extrême-droite est aujourd’hui au pouvoir, que ce soit de manière ouverte et locale (les mairies FN de France) ou insidieuse et nationale (via la N-VA au gouvernement fédéral belge). De danger, elle est devenue incontournable. Du moins pour la droite belge (francophone et néerlandophone) et française, prêtes à renoncer à leur idéaux pour revenir au pouvoir.

Pour le changement, sans doute est-il temps que ce que certains appèlent “l’extrême-gauche” convertisse la mobilisation et l’indignation citoyenne de ces dernières années en succès politique.

Mais il ne suffit pas d’être indigné, mobilisé et affirmer représenter le changement pour pouvoir agir efficacement : les difficultés du Movimento 5 Stelle en Italie montrent les limites du “Tous pourris” : gouverner sans être au pouvoir est illusoire, et arriver au pouvoir sans être capable de compromis l’est encore plus.

Sans doute le renouveau politique pourra nous venir de deux autres pays de cette Europe du Sud souvent moquée et décriée par l’intelligentsia du Nord : la Grèce et l’Espagne. Syriza, qui a gagné les élections et se profile comme parti capable de passer à la vitesse supérieure, et Podemos, qui n’en finit pas de récolter les fruits de la corruption institutionnalisée en Espagne. Doux rêveurs pour les uns, dangereux pourfendeurs du dogme néo-libéral européen pour d’autres, sans doute seront-ils en mesure d’effectuer ce difficile numéro d’équilibriste : gouverner sans trahir, passer des compromis sans se trop s’éloigner de leur vision. Cela afin d’enfin rompre avec les politiques d’austérité. Cela ne pourra se faire qu’en travaillant au-delà des frontières nationales, pour créer une véritable politique européenne. Digne d’une autre Europe.

Sans doute le changement ne peut-il venir que des marges du continent, éloignées des centres de décisions et ainsi épargnées de leur sclérose politique et de leur inertie institutionnelle. Sans doute faut-il être poussé dans ses derniers retranchements et vivre dans sa chair les effets de l’exclusion pour pouvoir structurer d’autres approches.

Bart de Wever nous disait qu’il n’y avait “pas d’alternative” à l’austérité et à la politique anti-sociale que son gouvernement veut imposer à la Belgique, reprenant ainsi une vision toute thatchérienne du “vivre-ensemble”. Mais il y a toujours eu une alternative: des alter-mondialistes à l’économie collaborative en passant par Los Indignados, des idées ont fleuri ça et là et les mentalités -de certains- ont évolué.

La difficulté a toujours été de structurer ces mouvements citoyens en actions politiques, l’arrogance et le complexe de supériorité des décideurs (et électeurs) d’Anvers, Paris et Berlin faisant le reste pour les maintenir hors du champ des décisions.

En musique, et en culture en général, l’innovation et la renaissance viennent des marges, là où il n’y plus rien à perdre et tout à (ré)inventer, là où demain ne peut être que mieux qu’aujourd’hui.

Sans doute que pour se sauver l’Europe doit maintenant cesser d’être nombriliste et enfin se tourner vers ses marges, vers ses extrêmes, géographiques ceux-là.

Olivier Gbezera est chroniqueur. Sa chronique Outre-Quiévrain apparaît mensuel sur le blog de Bleri Lleshi.

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@blerilleshi

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