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blerilleshiCe début d’année est de ceux que l’on souhaiterait oublier le plus vite possible. Si nous voulons éviter que d’autres évènements similaires aient lieu en Europe, nous devons comprendre comment de telles attaques ont pu être menées, à Paris, par des jeunes nés et ayant grandi en France.

Incitation à la peur

Depuis les attentats, la machine médiatique à inciter à la peur a fonctionné à plein régime. Sur les réseaux sociaux, mais également en-dehors, j’ai entendu et vu des gens parler d’une « 3e Guerre Mondiale », d’une « attaque contre l’Occident » ou d’une « Guerre entre l’Occident et les Musulmans ». Oui, certains ont même interprété les attaques terroristes de Paris comme un signe de la fin des temps. Le Premier Ministre de fait, le Maire d’Anvers, voudrait de tout son cœur faire descendre l’armée dans les rues pour cette fin du monde annoncée. Les ministres de la Défense et de l’Intérieur veulent faire modifier la loi à cet effet. Le ministre de la Justice veut pouvoir contrôler les messages privés sur Facebook et Skype.

Toutefois, alimenter la peur aura des conséquences drastiques. Non seulement pour les droits fondamentaux et les libertés, mais également dans la vie de tous les jours. Les médias et les politiciens ont une lourde responsabilité dans l’interprétation qu’ils feront des évènements de Paris.

Extrémisme

L’Europe est en crise et cela a des conséquences, que cela nous plaise ou non. Elles peuvent être positives, comme des formes innovantes de solidarité et de projets venant de la société civile. Mais elles peuvent également être négatives, comme l’extrême droite qui ne cesse de gagner du terrain en Europe, et ce même dans les pays scandinaves. Nous avons vu comment, en Grèce, l’arrivée de l’extrémisme d’Aube Dorée a coûté des vies humaines.

En étudiant le profil des sympathisants d’Aube Dorée ou de l’UKIP en Angleterre, nous remarquons une popularité de plus en plus marquée auprès des personnes en situation d’exclusion sociale. Les trois terroristes en France avaient le même profil, ayant vécu en marge et/ou en prison. Nous savons aussi que la grande majorité des jeunes européens partant pour la Syrie ont grandi dans la pauvreté et/ou l’exclusion sociale. La question se pose donc de savoir si ces jeunes ne sont pas devenus victimes de l’extrémisme du fait de leur statut socio-économique.

Le cas de la Belgique

La Belgique est le pays européen qui a envoyé le plus de jeunes en Syrie, proportionnellement à sa population totale. Cela n’est pas une coïncidence. Selon l’OCDE aucun autre pays européen n’a si peu d’immigrés actifs sur le marché du travail, principalement pour deux raisons: le racisme et la discrimination d’une part, l’inégalité au sein de l’enseignement de l’autre. Selon les chiffres de l’Université d’Anvers, la moitié des personnes d’origine Turque et Marocaine vit sous le seuil de pauvreté. Selon une étude de Steunpunt Studie en –Schoolloopbanen, jusqu’à 30 % des jeunes quittent l’école sans diplôme. Ce n’est pas une surprise que Bruxelles pourvoie la moitié des combattants pour la Syrie, vu que c’est là que les problèmes socio-économiques sont le plus prononcés.

Même les immigrés ayant suivi des études supérieures sont confrontés au racisme et à la discrimination. 6 % des Belges d’origine étrangère avec un diplôme supérieur ne trouvent pas de travail. Chez les Belges d’origine extra-européenne, ce chiffre atteint 22 %. Même si la plupart des jeunes partis en Syrie sont peu éduqués, certains d’entre eux ont suivi des études supérieures.

Histoire

La situation socio-économique n’est pas la seule en cause. L’histoire est également importante, comme toute conversation avec des jeunes Musulmans le montre. Ceux-ci sont souvent opprimés dans leurs propres pays par des dictateurs tels que Mouammar Kaddafi ou Saddam Hussein, tous deux soutenus par des pays occidentaux. L’Occident a été l’initiateur de plusieurs guerres au Moyen-Orient, dont les plus récentes en Afghanistan et en Irak. La guerre en Irak était basée sur des mensonges, vu que les armes de destructions massives n’ont jamais été trouvées. La Palestine est occupée par Israël, qui attaque régulièrement la Bande de Gaza et est responsable de la mort de milliers de civils, de journalistes et d’enfants innocents. La guerre en Syrie continue et 3 millions de Syriens ont fui le pays, des milliers sont tués alors que l’Occident n’intervient pas. Les jeunes Musulmans savent cela. Ils voient les images sur internet et sont révoltés par ces injustices. Certains d’entre eux se retrouvent la proie des recruteurs de l’Etat Islamique ou d’Al-Qaida. C’est pour cela que nous ne devons pas concentrer la répression sur les jeunes, mais bien sur les recruteurs qui opèrent un véritable lavage de cerveau de nos jeunes et les éloignent de leurs familles.

Représentations négatives

Bien avant le 11 septembre 2001, mais encore plus depuis, les Musulmans et l’Islam ont été présentés comme un danger pour l’Occident. Cela sans distinction selon l’endroit où ils vivent ou selon le fait d’être né en Europe ou pas : ils restent étrangers et potentiellement dangereux. Les médias, les politiciens et nombre d’auteurs ont créé cette image et continuent de la mettre en avant.

Nombreux sont ceux en Occident qui ne voient pas les vies normales et les exemples positifs de la grande majorité des Musulmans, en se concentrant sur la minorité d’extrémistes. C’est un fait que les jeunes musulmans se révoltent, car alors qu’ils essaient de faire quelque chose de leur vie, comme nous tous, ils se sentent rejetés, car considérés comme un danger.

La communauté musulmane

Un troisième élément est le fait que la communauté musulmane elle-même a failli sur un certain nombre de points, dont l’enseignement de l’islam aux jeunes. La majorité des jeunes partis pour la Syrie ne connaissent pas ou peu l’Islam. Comme l’indiquent les médias anglais, plusieurs jeunes partis de Grande-Bretagne pour rejoindre la Syrie avaient acheté « Islam for dummies «  (l’équivalent de « L’Islam pour les Nuls », ndt). Il y a un réel besoin d’encadrement et de réseau au sein de la communauté musulmane pour informer les jeunes et les éduquer sur la religion. Les parents ont donc un rôle important à jouer. L’état doit soutenir la communauté et ces parents, le cas échéant.

Quel avenir pour les jeunes musulmans en Europe ?

La meilleure manière de combattre toute forme d’extrémisme est d’offrir un avenir en lequel les jeunes peuvent croire. Ceux qui sont partis d’Europe pour rejoindre la Syrie et l’Irak avaient peu ou pas de perspectives ici. L’Union européenne et les états-membres doivent s’attaquer aux problèmes socio-économiques, au racisme et à la discrimination et offrir des perspectives à ces jeunes, ici et maintenant. La politique étrangère des pays occidentaux reste problématique, et il est honteux qu’Obama et que l’Union européenne ait reçu le Prix Nobel de la Paix. Il est tout aussi important que les médias et les politiciens prennent leurs responsabilités et ajustent leur discours sur l’Islam et les Musulmans. Ce serait un grand pas en avant que de se concentrer sur la grande majorité des Musulmans, sur leurs problèmes et défis, mais également à leur apport aux pays Européens.

Bleri Lleshi est philosophe politique et l’auteur de De neoliberale strafstaat, EPO

Cet article est paru dans le magazine Het Vrije Woord.

Traduction par Olivier Gbezera

https://blerilleshi.wordpress.com

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

@blerilleshi

One thought on “Des perspectives pour l’avenir contre l’extrémisme

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