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yuriJ’aimerais vous raconter l’histoire de mon ami Ismaël, originaire de la Côte d’Ivoire. Ismaël? Les ivoiriens sont-ils donc musulmans? Eh bien oui, et même une grande partie d’entre eux. Tout comme H. le Marocain, M. le Turc ou encore G. l’Indonésien. La majorité des musulmans ne sont pas d’origine arabe mais nous l’oublions trop souvent. Je mentionne ici leurs origines car les gens ont pour réflexe de coller des étiquettes. Par contre, lorsque nous sommes entre nous, nous ne voyons aucune différence. Nous sommes tout simplement des jeunes Bruxellois.

« Tout simplement des jeunes Bruxellois, voilà qui s’annonce passionnant », me direz- vous. La raison pour laquelle j’écris cet article n’est pas de faire monter le suspense ni de vous tenir en haleine. J’écris ce texte car aucun de mes amis n’aurait eu l’idée de l’écrire. J’écris car personne ne connait leur histoire et leurs voix ne sont donc jamais entendues. J’écris car des milliers d’autres jeunes de Bruxelles se retrouvent dans la même situation que mes amis. Et même si chacun d’entre eux pourrait rédiger un meilleur texte que celui-ci, je me sens obligé de l’écrire.

J’ai rencontré Ismaël il y a environ 6 ans, lorsque nous étions en compagnie d’une bande d’amis à la recherche d’un endroit où dormir après une soirée. C’est ainsi qu’Ismaël a invité 10 jeunes à son domicile malgré le fait que sa mère dormait dans la chambre d’à côté. Depuis ce jour j’ai appris à le connaître davantage. Je tiens à raconter son histoire car il a longtemps fait partie d’une bande urbaine et les gens ne comprennent pas ce que cela signifie vraiment. Ismaël n’a pas choisi la vie de bande, il est tombé dedans. Et quand je dis tombé, c’est littéralement tombé… après avoir reçu un coup de couteau à l’épaule.

C’est dans ces circonstances qu’il a rejoint l’une des bandes africaines les plus dangereuses de Bruxelles. Le mot «dangereux» doit en réalité être mit entre guillemets. Il faut savoir que la plupart des victimes de cette violence se trouvent au sein de la communauté même: les parents, la famille, les femmes, les amis et autres proches. Lorsque certains flamands ou wallons considèrent Bruxelles comme une ville dangereuse, je me pose souvent la question : pour qui y a-t-il véritablement du danger? Tant que les bandes ne touchent pas la population belge de souche, la police les laisse faire sans que cela ne pose problème.

J’ai beaucoup de choses en commun avec mes amis, mais beaucoup de différences également. Ils sont confrontés à des défis auxquels je n’ai jamais dû faire face. A la fin de leurs études, aucun de mes amis n‘a obtenu un diplôme de l’enseignement secondaire. Il existe du racisme et de la discrimination raciale lors des entretiens d’embauche. Et solidaire’ ils trouvent un emploi, ils sont contraints de travailler deux fois plus dur pour prouver leurs compétences. Il y a bien sûr aussi la pauvreté qui fait que gagner de l’argent à ses 16 ans n’est pas une question de choix, mais de nécessité. Et la liste est encore bien plus longue.

Cette situation devient tout à fait critique quant à cela s’ajoutent des problèmes familiaux. Des études montrent que la famille est un filet de sécurité important, mais celle-ci est trop souvent absente. En outre, il y a tous les problèmes habituels auxquels chaque jeune doit faire face. La foi islamique a toujours été un soutien dans les moments difficiles. Si quelqu’un veut blâmer la culture, alors il faut parler de la culture capitaliste, parce que en son sein que nous vivons en ce moment. Tous ces facteurs ne sont évidemment pas les seuls qui poussent un jeune à faire partie d’une bande. Des coïncidences, les fréquentations, le quartier, la personnalité,… jouent aussi un rôle. La grande majorité des jeunes essayent simplement de survivre le mieux possible avec une lueur d’espoir pour l’avenir.

Ismaël m’a beaucoup appris et vous pouvez également apprendre beaucoup de lui. À propos de l’amitié, de la générosité, du vivre-ensemble, de la cuisine africaine, mais aussi de la politique. Quand vous êtes à Bruxelles et vous apercevez un groupe de jeunes qui traînent, soyez certains que leurs discussions politiques sont d’un niveau plus élevé que chez la plupart des étudiants dans les universités. Le monde des bandes est aussi un reflet de notre société: la concurrence, les alliances, le business, les négociations, faire du profit. Mais dans les bandes le groupe remplace l’individu. Et cette solidarité peut, à la différence des caractéristiques précédentes, devenir une source d’inspiration pour autant que cela n’entraîne pas une idéologie nationaliste ou sectaire, mais l’internationalisme.

Ismaël peut aussi vous apprendre de quelle façon les jeunes du quartier sont confrontés à la police. Il a un statut “BU” (bande urbaine). Cela signifie que, à chaque moment de la journée, il peut être fouillé de la tête aux pieds sans raison valable, ainsi que tous ceux qui sont en sa compagnie. « Tu sais qui est ton ami? », m’a un jour demandé un policier de façon stupéfaite, après une fouille. Ce statut reste valable assez longtemps, même après qu’il soit passé à autre chose.

Et c’est ce qu’il a réussi à faire, après un certain temps, mais les liens d’amitié sont bien sûr restés. Pourtant, l’avenir s’annonce sombre. Les grands du quartier ne trouvent pas d’emploi ou finissent en prison suite à cette guerre futile contre la drogue. Tandis que les petits sont de plus en plus nombreux à ne pas avoir d’autre choix que de suivre les traces des anciens. Les experts affirment depuis des années que Bruxelles est une bombe à retardement, mais la politique ne tente pas de trouver des réponses. Il est de notre devoir à nous, le peuple, de trouver une solution.

Nous pouvons travailler à une solution tout d’abord en apprenant à nous connaître les uns les autres, même si cela paraît difficile et angoissant. Ensuite, en reconnaissant que la population blanche jouit d’une position privilégiée par rapport aux minorités ethniques et en luttant pour répondre aux revendications et aux besoins de celles-ci. Et enfin, en comprenant que c’est uniquement au travers d’un lien solide entre les communautés, que nous pourrons créer de façon organisée une résistance contre toute forme d’exploitation. Avec comme objectif final le changement radical du système et la construction d’une société fondée sur la justice sociale, l’égalité et une véritable participation politique.

Yuri De Belder a 25 ans

On est submergé de messages négatifs concernant la jeunesse bruxelloise. Comme s’il n’y avait qu’un seul type de jeune à Bruxelles. Bléri Lleshi, philosophe politique, se lancent dans une campagne d’information intitulée ‘Lettres de Bruxelles’. Chaque mercredi , treize semaines durant, de jeunes Bruxellois prennent la parole.

Les lunettes flamandes par Ibrahim Üçkuyulu

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/09/24/lettres-de-bruxelles-les-lunettes-flamandes/

Fille d’ un nègre des sables par Danira Boukhriss Terkessidis

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/01/lettres-de-bruxelles-fille-dun-negre-des-sables/

Bruxelles n’appartient pas seulement aux navetteurs par Nathaniël Bovin

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/09/lettres-de-bruxelles-bruxelles-nappartient-pas-seulement-aux-navetteurs/

Entre les deux  par Natacha De Rudder

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/17/lettres-de-bruxelles-entre-les-deux/

Je crois en la force de la positivité par Hannah Boakye

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/23/lettres-de-bruxelles-je-crois-en-la-force-de-la-positivite/

Avoir des opportunités c’est bien, en profiter c’est mieux par Blaise Turikumwe

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/30/lettres-de-bruxelles-avoir-des-opportunites-cest-bien-en-profiter-cest-mieux/

Une ville qui inspire par Stella Kozyreva

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/11/25/lettres-de-bruxelles-une-ville-qui-inspire/

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