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christelleEn ce moment, c’est la première chose que les gens me demandent : d’où je viens et “Te sens-tu Belge?”. Je reçois, en fonction de ma réponse, un sourire comme preuve d’acceptation ou un froncement de sourcils en signe de rejet.

Cela fait déjà 22 ans que j’habite en Belgique. Je suis née à Bruxelles et nous avons déménagé dans un petit village près d’Alost lorsque j’avais trois ans. Ma mère avait un salon de coiffure à Matongé – le quartier africain à Bruxelles – et mon père travaillait aussi à Bruxelles. J’aidais ma mère au salon les week-ends, et j’ai ainsi découvert Bruxelles.

Petits, on nous enseigne que tout le monde est égal. Il faut partager, accepter et ne pas juger. Tout ça est très beau. Mais je n’ai pas senti cette égalité et cette acceptation pendant mon adolescence.

Être Africaine dans un environnement où tout le monde est Blanc n’est pas chose aisée. Je m’asseyais toujours au fond du bus pour pouvoir observer tous les autres. Je me sentais si différente. Les marques d’habits, les gsm, les petits amis (quel garçon sain d’esprit voudrait d’une grosse Africaine?)…toutes choses qui concernaient les filles de mon âge, mais dont je ne pouvais pas parler.

Je me sentais comme une outsider, de plus africaine, ce qui ne passe pas inaperçu. Ils se moquaient surtout de mon nez et de mon postérieur. Des blagues typiques en somme. J’ai alors demandé à mon père: “Pourquoi se moquent-ils de nous?”. Il a répondu: “Ils ne nous connaissent pas, tu es différente et cela les effraie.”

Au fil des années, la communauté allochtone d’Alost s’est agrandie, et c’était chouette d’avoir des “brothers and sisters”. Mais cela a également causé certains problèmes. Tous ces jeunes Africains et Maghrébins commençaient à traîner autour de la gare, à parler français et à investir bruyamment la ville . Mais à quelque chose malheur est bon. Je pouvais enfin me faire des amis. Il y a une grande différence entre les camarades de classe qui doivent parler avec vous et les amis qui ont un véritable intérêt et qui voudraient même venir chez vous. Parce qu’il n’y a aucun problème à aller chez les scouts ou aller nager avec une Africaine. Mais aller chez elle? No way! Que mangent ces gens? Vont-ils maltraiter mes enfants?

J’attendais toujours le samedi avec impatience pour aller à Matongé avec ma mère. Je n’étais pas spécialement contente de devoir aider ma mère, mais j’étais fascinée par tout ce bruit, ces enfants qui couraient dans la rue, ces femmes et ces hommes habillés en boubous (les vêtements africains colorés que nous ne portions que pendant les fêtes de mariage). Ce que je trouvais drôle c’était qu’il y avait plus d’Africains que de Blancs. Je m’y sentais donc un peu chez moi. C’était mon “bon moment” après une semaine difficile.

Je dois dire que je suis maintenant contente d’avoir grandi en Flandre. J’ai appris à m’aimer moi-même. Chercher ma propre culture, apprendre qui je suis. Apprendre à pardonner et à développer ma confiance en moi-même. Les enfants allochtones ont du mal à s’intégrer dans la société. A Bruxelles, ils sont parqués dans des écoles “ghettos”, parlent français ou leur propre langue à la récréation et restent entre eux. Moi par contre, j’ai dû apprendre à vivre avec des enfants Belges. Je n’avais pas le choix, j’habitais dans deux mondes parallèles. La maison et dehors. À la maison je parlais français, et à l’école néerlandais. À l’école j’étais Christelle, et, dehors, j’étais “cette Africaine”.

Qu’attendent vraiment les gens des immigrants? Ils viennent à Bruxelles, y parlent français, puis déménagent en Flandre pour le travail et au moment où ils arrivent sur le territoire néerlandophone, on s’attend à ce qu’ils parlent cette langue couramment. Ce n’est tout simplement pas possible. Ils ne peuvent pas imposer qu’on parle le néerlandais dans les maisons communales pour obtenir ce à quoi ils ont droit. Cela, ça n’arrive pas à Bruxelles. Sur ce point, le reste de la Belgique devrait prendre Bruxelles pour exemple.

Je parle aussi bien français que néerlandais, et j’en suis contente. Cela m’apporte beaucoup d’opportunités. Pas seulement au niveau professionnel mais aussi dans la manière dont les gens me voient. J’ai eu des parents exemplaires et mon processus d’intégration s’est déroulé comme il fallait. Et pourtant, les gens y réagissent différemment en Flandre qu’à Bruxelles. En Flandre les gens réagissent généralement en disant “Tu parles si bien néerlandais, bravo!”. À Bruxelles c’est plutôt: “Eh bien, t’en as de la chance. J’aimerais tellement pouvoir parler néerlandais.”

Ce n’est que depuis que j’ai déménagé à Bruxelles, en 2007, que je peux vraiment être moi-même. Cette ville offre des possibilités de se développer en tant qu’individu. Bruxelles est moins fermée et les idées y sont moins étriquées. Je viens d’un petit village dans lequel nous étions la seule famille africaine jusqu’à mes quinze ans. Mais les cultures et les origines du monde entier se rencontrent à Bruxelles. Chaque grande ville a ses problèmes mais Bruxelles est bohémienne, anarchique et offre beaucoup d’opportunités. On peut aimer Bruxelles ou la détester. Mais je ne connais aucune ville comme celle-ci. On peut sortir le soir et avoir trois nouveaux amis le lendemain. Un du Chili, un autre du Laos et un troisième de Finlande. Les gens veulent simplement être votre ami, ils n’ont pas besoin de connaître toute votre histoire…C’est fantastique.

Christelle Samba a 24 ans

On est submergé de messages négatifs concernant la jeunesse bruxelloise. Comme s’il n’y avait qu’un seul type de jeune à Bruxelles. Bléri Lleshi, philosophe politique, se lancent dans une campagne d’information intitulée ‘Lettres de Bruxelles’. Chaque mercredi , treize semaines durant, de jeunes Bruxellois prennent la parole.

Les lunettes flamandes par Ibrahim Üçkuyulu

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/09/24/lettres-de-bruxelles-les-lunettes-flamandes/

Fille d’ un nègre des sables par Danira Boukhriss Terkessidis

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/01/lettres-de-bruxelles-fille-dun-negre-des-sables/

Bruxelles n’appartient pas seulement aux navetteurs par Nathaniël Bovin

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/09/lettres-de-bruxelles-bruxelles-nappartient-pas-seulement-aux-navetteurs/

Entre les deux  par Natacha De Rudder

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/17/lettres-de-bruxelles-entre-les-deux/

Je crois en la force de la positivité par Hannah Boakye

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/23/lettres-de-bruxelles-je-crois-en-la-force-de-la-positivite/

Avoir des opportunités c’est bien, en profiter c’est mieux par Blaise Turikumwe

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/10/30/lettres-de-bruxelles-avoir-des-opportunites-cest-bien-en-profiter-cest-mieux/

Une ville qui inspire par Stella Kozyreva

https://blerilleshi.wordpress.com/2014/11/25/lettres-de-bruxelles-une-ville-qui-inspire/

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