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olivier gIl y a quelques jours, j’ai assisté à une conférence sur Nelson Mandela et sa lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Un exposé passionnant, au cours duquel un mot m’a frappé: politique. Tous les actes, toutes les actions de Mandela s’inscrivaient dans une stratégie politique claire et ambitieuse, sous-tendue par une idée forte.

Et la question s’est imposée d’elle-même: où sont les idées politiques d’aujourd’hui?

De nos jours, ce que nous appelons « politique » me semble se réduire aux questions budgétaires, à la réduction des déficits, aux tours de passe-passe comptables. Les indices de la bourse, le taux de change euro/dollar, les agences de notation : tels sont les dirigeants du 21e siècle. Ce que Régis Debray appele « l’autorité abusive du comptable » dans « Que reste-t-il de l’Occident ».

En France, la droite peine toujours à se renouveler, d’où l’importance accordée au retour d’un Nicolas Sarkozy empêtré dans les affaires. La gauche ne sait plus si elle est de gauche ou de centre-droit, elle ne sait plus qui suivre, ni où elle va. Seule l’extrême-droite semble en mesure d’animer le débat, de mobiliser autour des thèmes qui lui sont chers: ceux de la fermeture, du repli sur soi, de la stigmatisation.

En Belgique, ce sont ces mêmes thèmes qui ont mené à la victoire écrasante des séparatistes flamands de la N-VA aux élections communales, régionales et maintenant fédérales. La droite et la gauche classiques n’y ont pas plus été en mesure de s’adapter aux années 2010 et d’apporter un vent neuf au débat politique.

Le parti de Bart De Wever a par ailleurs siphonné l’extrême-droite flamande, la liste des transferts du Vlaams Belang vers le N-VA étant particulièrement longue. Cela explique, entre-autres, que ce parti minimise aujourd’hui la collaboration avec l’occupant nazi (le nouveau Vice-Premier Ministre, Jan Jambon, a ainsi estimé que les collaborateurs « avaient leurs raisons »), qu’un Secrétaire d’État (Théo Francken, Secrétaire d’état à…l’asile et la migration) issu de ses rangs participe à l’anniversaire de l’ancien fondateur d’une milice d’extrême-droite, ou se demande quelle plus-value pourrait bien avoir l’immigration marocaine et congolaise en Belgique.

Un parti dont un des membres, conseiller communal de Courtrai, a précisément qualifié Mandela de « terroriste » il y a quelques jours.

Il est particulièrement troublant qu’après l’une des pires crises économiques de l’histoire, la gauche n’ait pas été en mesure de proposer une alternative forte et crédible et ait ainsi laissé la voie libre aux partis de droite et/ou d’extrême-droite. Il est difficile d’imaginer des circonstances plus favorables à la mise en place d’une politique forte de gauche. François Hollande et Elio di Rupo ont de fait engrangé des victoires électorales, mais qu’en ont-ils fait ?

Où sont les projets de société, les débats sur le monde dans lequel nous voulons vivre, l’ambition d’améliorer le monde?

Derrière d’austères calculatrices?

Ce ne sont pourtant pas les défis sociétaux qui manquent. Comment adapter l’économie au changement climatique et à la révolution digitale? Comment créer de nouvelles formes de solidarités prenant en compte l’allongement de la durée de la vie? Comment créer un nouveau vivre-ensemble entre populations d’origines et de religions différentes? Comment relancer la construction européenne et en faire un véritable espace de diversité, d’échange et de liberté ? Tant de défis, et bien d’autres, demandent une vision, une ambition, une volonté d’aller de l’avant et de créer du nouveau. Les politiques d’aujourd’hui ne nous offrent que des ajustements à la marge.

Il n’est somme toute pas étonnant qu’en absence de nouvelles idées, les idées de gauche et de droite finissent par se confondre : le manque de vision favorise le repli et le conservatisme. Lorsqu’on n’avance pas, on recule. Et si on ne parle plus d’idées, on parle de chiffres, le plus petit dénominateur commun.

Je n’ai pas étudié les sciences politiques, ni la sociologie, ni la philosophie : je n’ai que de vagues notions d’économie. Mais ces rudiments qui m’ont fait comprendre deux choses : d’une part, que l’on peut faire dire à peu près ce qu’on veut aux chiffres : il suffit de bien les choisir et d’adopter les bonnes conventions. D’autre part, que l’économie est l’expression de choix politiques et qu’il n’existe pas de fatalité : il n’y a que des orientations consciemment décidées et les conséquences de celles-ci.

Ne soyons pas angéliques non plus : il est important d’avoir un budget censé, d’avoir des fondamentaux économiques solides et de contrôler les déficits. Mais le budget est au service d’une politique, et non l’inverse.

Lors des débats houleux à la Chambre des représentants à l’occasion de la présentation de l’accord du nouveau gouvernement belge, Patrick De Waele (Open-VLD, libéraux flamands), a dit qu’il respectait le dialogue social avec les syndicats et les autres acteurs de la société civile, mais qu’en fin de compte c’était la politique qui primait.

Il serait bienvenu que quelqu’un réaffirme, enfin, la primauté de la politique sur les chiffres.

Olivier Gbezera est chroniqueur. Sa chronique Outre-Quiévrain apparaît mensuel sur le blog de Bleri Lleshi.

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