Home

OlivierLa nomination de Najat Vallaud-Belkacem au poste de Ministre de l’Éducation Nationale dans le gouvernement Valls II a provoqué les réactions sexistes et racistes qu’on pouvait attendre de ceux qui déçoivent rarement en la matière. La ministre a eu l’élégance de botter en touche pour ne pas se laisser entraîner, elle et le gouvernement dont elle fait partie, dans une énième polémique stérile.

Les réactions à cette nomination n’auront surpris personne, car une femme de couleur dans les hautes sphères du pouvoir cumule deux raisons apparemment suffisantes pour être la cible de commentaires au mieux désobligeants, au pire insultants. Elle n’a pas été la première, et ne sera probablement pas la dernière. Si Rachida Dati ou Yamina Benguigui, entre-autres, ont échappé aux polémiques liées à leurs origines et/ou à leur couleur de peau, Rama Yade et surtout Christiane Taubira en ont été les victimes.

La question, néanmoins, que personne ne semble se poser, est la suivante: pourquoi la diversité de couleur au sein de différents gouvernements français récents ne semble-t-elle passer que par des…femmes?

Force est de constater que les ministres et secrétaires d’état issus des “minorités visibles”, en particulier noirs, semblent systématiquement être des femmes. Si un grand nombre de ministres actuels ou passés ont en effet des origines hors de France (on pense bien sûr à Nicolas Sarkozy, mais à Patrick Devedjian…et à Manuel Valls lui-même), les hommes d’origine sub-saharienne restent désespérément absents. Le seul homme de couleur, Harlem Desir, n’est en effet pas issu de l’immigration, mais d’outre-mer. Pourquoi cette absence? De deux choses l’une: soit il n’y a pas hommes d’origine sub-saharienne suffisamment qualifiés pour l’emploi, soit une discrimination insidieuse reste en vigueur.

La première hypothèse semble difficilement plausible: pourquoi, de toutes les catégories en France, seuls les hommes d’origine sub-saharienne n’auraient-ils pas les qualités requises pour entrer dans un gouvernement? Lorsque j’évoque cela, on me répond que s’il y en avait, ça se saurait, et que la République les récompenserait à leur juste valeur. Mais n’est-ce pas précisément ce raisonnement (par ailleurs, le même qui “explique” l’absence de personnes de couleur et de femmes dans les postes à hautes responsabilités dans le secteur privé) que d’autres mouvements contre les discriminations ont  battu en brèche? Et quand bien même cela serait-il le cas, cela poserait d’autres questions, aussi cruciales: pourquoi certains (souvent les mêmes) enfants de la République se trouvent-ils à l’écart des réseaux menant à la gouvernance du pays? Quels sont les obstacles réels et symboliques? Pourquoi les garçons d’origine sub-saharienne se trouvent-ils presque systématiquement orientés vers les filières techniques?

On me répond aussi que la République ne peut promouvoir une catégorie de citoyens sur base d’apparence physique, au nom de la non-discrimination. Mais ne le fait-elle pas indirectement sur base du sexe, comme la parité sur les listes électorales lors des élections municipales, régionales, européennes et sénatoriales, ou celle que la gauche s’est imposée au sein du gouvernement?

L’autre option, celle d’une discrimination existant toujours, et me semble malheureusement avoir plus de sens. On comprend aisément que dans un système toujours dominé par les hommes blancs d’âge mûr, la nomination d’une jeune femme d’origine étrangère permet aux détenteurs classiques du pouvoir de faire d’une pierre trois coups en intégrant, en une seule personne, trois populations insuffisamment représentées au sein des arcanes du pouvoir (politique, mais également économique et symbolique).

La nomination de Najat Vallaud-Belkacem, une jeune femme issue de l’immigration, représente ce qu’il y a de mieux dans la République: la reconnaissance des qualités et du mérite au-delà de l’âge, du sexe et des origines. Je trouve d’ailleurs dommage que les républicains de tous bords ne soient pas montés au créneau pour s’en enorgueillir et aient laissé les commentaires d’un autre temps occuper l’espace médiatique. Mais, pour paraphraser l’adage, les réac’ aboient et Najat Vallaud-Belkacem bosse.

Toutefois, la question de l’absence hommes d’origine sub-saharienne au gouvernement semble valoir la peine d’être au moins mentionnée quelque part. Soulignons cela, sans faire de procès d’intention à ceux qui l’ont nommée, et encore moins de douter de la compétence de celle qui a été nommée. Mais si la République entend représenter tous ses enfants, qu’elle n’oublie pas ses fils de couleur.

Olivier Gbezera est chroniqueur. Sa chronique Outre-Quiévrain apparaît mensuel sur le blog de Bleri Lleshi.

Suivez les chroniques sur

https://blerilleshi.wordpress.com

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

@blerilleshi

One thought on “Outre-Quiévrain // Najat Vallaud-Belkacem et la question que personne ne semble se poser

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s