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bleri-lleshiSelon des analystes politiques et des journalistes, nous devons nous estimer heureux et même plus, être reconnaissants envers la N-VA quant au mauvais score du Vlaams Belang. Ce qu’on ignore par contre, c’est le fait que la N-VA est maintenant en place pour réaliser la majeure partie de l’agenda du VB.

Ces chers hommes et femmes ont-ils lu le programme de la N-VA? Dois-je être heureux que plus d’un Flamand sur trois a voté pour un parti qui « relativise » le racisme, pour ne pas dire qui ne le reconnaît pas ? Dois-je être content que la N-VA ait réussi à convaincre des électeurs d’extrême-droite après des centaines de transfuges du VB qui figuraient sur ses listes ? Dois-je être tout joyeux parce que ces loups qui montrent patte blanche reçoivent le mandat de pousser toujours plus les migrants dans la misère ? Dois-je être ravi d’un parti qui a un plan de démolition prêt pour les Flamands et, s’il a de la chance, tous les Belges? Dois-je être content maintenant parce que la N-VA a une « chance démocratique » pour réaliser le rêve du Vlaams Belang ?…
Je ne pense pas. Bien au contraire, depuis aujourd’hui, je suis encore plus inquiet. Un exemple.

Hier, je discutais avec un jeune migrant hautement qualifié, titulaire d’un diplôme universitaire et de deux formation complémentaires. Il racontait qu’il avait été au chômage pendant neuf mois, après trois ans de travail. Durant ces neuf mois, il a postulé 120 fois. Et a tout bien suivi. Il a trouvé lui-même 50 offres d’emploi, et a reçu les autres par email via le VDAB ou des amis.

Postuler 120 fois et il a eu une interview à deux reprises. La première société ne l’a pas embauché parce que c’était difficile d’engager un migrant pour cette fonction, dans une entreprise où travaillent 100% de « Blancs ». La deuxième entreprise l’a embauché. On lui a raconté que, jusqu’il y a quelques années, « on ne prenait pas de migrants, comme c’est le cas de presque toutes les sociétés ». Mais entretemps, ils ont changé de politique et en sont satisfaits, car les résultats atteints avec une équipe mixte sont excellents.

L’homme avec qui je parlais expliquait aussi qu’il confrontait son syndicat et le VDAB aux e-mails et coups de téléphone d’entreprises qui étaient souvent ouvertement discriminantes. Tant son syndicat que le VDAB étaient bien au courant, mais ils ne pouvaient pas faire grand-chose, car « c’est monnaie courante ». Il a également déposé plainte auprès du CECLR, mais là non plus, rien ne s’est encore passé.

Mon espoir dans les responsables politiques qui ont le courage de lutter contre le racisme et la discrimination est très faible ; les faits et les chiffres en disent long, mais rien n’a changé encore. Malgré des preuves solides, le Ministre Flamand de l’Emploi, Philippe Muyters, a refusé de prendre des mesures concrètes. Un journaliste de Knack a posé à Liesbeth Homans, l’une des têtes de file de la N-VA et qui connaît le futur Ministre-Président de la Flandre, la question suivante: « Comment expliquez-vous la situation de « retard » des migrants hautement qualifiés ? » Et Homans de répondre : « Je ne sais pas. Vous devez demander cela aux personnes concernées ». Dois-je être satisfait de Muyters et de Homans qui refusent de parler du racisme, et encore plus de le combattre ?

Si je suis surpris de ce résultat ? Non, depuis des semaines déjà, Bart De Wever passe presque chaque soir au journal de VTM, que ce soit lors d’apparitions dans le studio ou dans des reportages à son sujet.

Puis, j’ai vu avant ces élections, qui, pour beaucoup, étaient « LES élections parmi les élections », qu’aucun programme télé ne donnait la parole à la communauté des migrants. Ces élections n’étaient apparemment pas considérées comme importantes pour cette frange qui représente plus de 15% de la population, alors que dans les grandes villes comme Bruxelles et Anvers, la moitié des habitants a un passé migratoire. Il y a tant de politologues, de sociologues, d’économistes, de philosophes … qui en ont un aussi. Pourquoi les médias n’ont-ils pas laissé la parole à ces personnes, pour qu’ils donnent leur opinion et leur analyse sur l’importance de ces élections ?

J’ai publié récemment « L’Etat néolibéral qui punit », un livre tout neuf dans lequel les questions telles que le bien-être, le chômage, l’enseignement et la montée de l’État répressif sont centrales. Dans la dernière partie du livre, je propose la mise en place d’alternatives : comment peut-on et doit-on faire autrement. « Des journaux de qualité », comme De Morgen et De Standaard ont choisi d’ignorer complètement ce livre. Pour la VRT, le livre était « trop politique ». Même si vous venez avec une analyse qui n’est pas uniquement liée à votre propre communauté, mais à toute la société, vous êtes ignoré. De ces mêmes journalistes, on entendra toujours qu’ « il n’y a pas d’experts ou de leaders d’opinion allochtones ».

Une personne a quand même été invitée : Bear Grills, le « phénomène Internet ». L’homme que j’ai nommé, il y a deux mois, « un exemple frappant de dépolitisation », était la seule personne issue de l’immigration à pouvoir venir donner son avis. Une semaine avant les élections, il a crié au secours de tous les partis pour qu’on vote tous blanc. Ce n’est donc pas un hasard, cette invitation qui lui a été faite.

Il y a encore beaucoup de pain sur la planche, non seulement au niveau politique mais aussi au niveau des médias.

Bleri Lleshi est philosophe politique. Il a sorti son nouveau livre il y a peu de temps : « L’état néo-libéral qui punit », EPO.

Traduction du néerlandais par Emmanuelle De Caluwé

https://blerilleshi.wordpress.com
https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi
@blerilleshi

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