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BleriLleshiDe vieilles maisons vides, des immeubles mal isolés : Bruxelles s’attaque à ses besoins en termes de logement. C’est l’avis de Bleri Lleshi, philosophe et auteur de « De neoliberale strafstaat » (L’Etat néolibéral de répression) qui paraîtra en automne chez les éditions EPO.

Alors que 14.603 bâtiments vides ont été recensés en Flandre (De Morgen 08/06), il y en a entre 15.000 et 30.000 à Bruxelles. Aucun d’entre eux n’a été réquisitionné par la région pour en faire des logements, alors que le cadre juridique pour le faire existe depuis 20 ans. Bruxelles fait face à de nombreux défis, l’un des plus importants étant celui du logement. La Région pourrait elle-même s’attaquer à ce problème. L’immobilisme du gouvernement fédéral, de la Flandre ou de la Wallonie n’est dans ce cas pas un argument. Le problème du logement à Bruxelles est de taille : les prix sont trop élevés pour 70% des Bruxellois. Près de 50% des familles bruxelloises sont éligibles à un logement social, alors que seuls 8 % des logements bruxellois sont des logements sociaux.

De vieux logements sociaux

De 2002 à 2011, la Région a construit 440 logements sociaux, alors que 16.000 familles s’ajoutaient aux listes d’attente. Aujourd’hui, ce sont 41.000 familles qui attendent. 80% des immeubles bruxellois datent d’avant 1970. En plus d’être vieux, ces immeubles sont mal isolés, ce qui mène à des coûts énergétiques élevés et à des conditions de logement lamentables.

Un exemple pour mieux apprécier ces chiffres. Il y a quelques temps j’ai rendu visite à une femme et à ses quatre enfants. Elle vit dans un de ces appartements délabrés dans lesquels ni vous ni moi n’allons sans bonne raison. En descendant du bus, je trouvais que ça allait encore. Un peu plus loin, je vis plusieurs tours d’appartements qui peinaient à rester droit, encerclées d’arbres et de petits parcs. Les maisons bruxelloises sont souvent, de l’extérieur, aussi laides les unes que les autres, mais j’espérais que ce serait mieux à l’intérieur. Faux espoir. Je pris l’ascenseur, et la porte de l’appartement était grande ouverte. La femme et ses enfants m’accueillirent chaleureusement.

 « Tu l’as bien cherché »

Le salon était joli, avec des chaises marocaines (probablement un cadeau de mariage) et une télé grand écran. Voilà pour le luxe. Outre le salon (qui servait aussi de cuisine), il y avait deux petites chambres. Dans une des chambres la femme dormait avec le plus petit des enfants, dans la deuxième dormaient les trois autres. Divorcée depuis plusieurs années (ce qui arrive de plus en plus dans la communauté marocaine), elle devait s’occuper d’elle-même et de ses enfants. Cela fait quelques années qu’elle n’a plus de nouvelles du père. « En tant que mère célibataire, on est mal vue par tous. ‘Tu l’as bien cherché’, disent-ils. Ou alors ils ont pitié de vous, parce que oui, quatre enfants quand même…mais ils ne savent pas que c’est grâce à mes enfants que je vais de l’avant. »

J’écoutais attentivement en buvant le thé à la menthe qu’elle continuait à me servir. Je ne pouvais pas faire beaucoup plus à ce moment. Je ne pouvais pas dire que je la comprenais, car je ne vis pas la même réalité. Je n’ai pas quatre enfants que je dois éduquer seule. Je ne suis pas une femme, ce qui est malheureusement toujours plus difficile dans notre société qu’être un homme. La mère fut interrompue par ses enfants qui disaient que j’étais venu pour eux, pas pour elle. La fille aînée veut changer d’orientation dans ses études. Elle est en enseignement technique mais voudrait faire de la danse et du théâtre. Sa mère n’est pas d’accord, car « on ne gagne pas sa vie avec ça », mais si c’est ce qu’elle veut vraiment, elle pourrait le faire. Le plus âgé des frères a du mal avec les mathématiques, sa mère m’a donc demandé de trouver quelqu’un qui pourrait lui donner des cours particuliers. « Huit euros par heure est le plus que je puisse payer ». L’autre fils trouve l’anglais « super cool » et veut l’apprendre au plus vite, pour pouvoir partir aux Etats-Unis dès que possible. « Je ne sais pas d’où lui est venue cette idée, sans doute ces films américains », dit la mère.

Immeubles vides

En partant je pris les escaliers, même si elle insistait pour que je prenne l’ascenseur. En voyant l’état des escaliers, la saleté et la puanteur insupportable, je compris pourquoi. Elle était gênée, tout comme pour l’humidité dans les chambres et le chauffage électrique « qui coûte beaucoup d’argent ». Alors que 14.603 bâtiments vides ont été recensés en Flandre (DM 8/6), il y en a entre 15.000 et 30.000 à Bruxelles. Pas un d’entre eux n’a été réquisitionné par la région pour en faire des logements, alors que le cadre juridique pour ce faire existe depuis déjà 20 ans. Par contre, le feu vert continue à être donné pour toujours plus de bureaux, alors qu’il y a déjà 2 millions de mètres carrés de bureaux vides.

Le gouvernement bruxellois doit urgemment s’attaquer à la problématique du logement dans notre ville. Pour cette femme et ses enfants, mais aussi pour les dizaines d’autres Bruxellois, j’exige des mesures urgentes de nos politiciens : le nouveau ministre-président, Rudi Vervoort, et le Secrétaire d’Etat au Logement, Christos Doulkeridis. Pas de promesses, mais des propositions concrètes pour ne pas seulement avoir droit à des logements abordables, mais aussi droit à des logements décents.

Bleri Lleshi est philosophe politique

Traduction du néerlandais par Olivier Gbezera

https://blerilleshi.wordpress.com/

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

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