Home

dsc6664Le centre bruxellois d’accueil d’hiver pour sans-abris fermera ses portes dans deux semaines. La capacité d’accueil chutera donc de 985 à 110 places. Diverses sources m’affirment que certains sans-abris se voient déjà refuser l’aide et l’accueil.

Selon les prévisions météo, ce 23 Mars sera le plus froid en 100 ans. Les jours suivants seront aussi particulièrement froids pour cette période de l’année. Le gouvernement bruxellois a néanmoins décidé de renvoyer massivement les sans-abris à la rue.

Les politiciens bruxellois, qui sont eux-mêmes dans des bâtiments bien chauffés, disent que l’hiver est fini et donnent donc l’ordre au Samu Social, la structure d’accueil pour sans-abris, de faire le nécessaire, c’est-à-dire de renvoyer 900 personnes dans la rue.

Le Samu Social a tiré la sonnette d’alarme et demande une plus grande capacité d’accueil pour les personnes ayant besoin d’un soutien médical poussé, ainsi que pour les femmes. Parmi les personnes qui doivent être renvoyées, 330 sont considérées comme particulièrement vulnérables. Leur cas cause “de sérieuses inquiétudes”.

Il s’agit ici de sans-abris sont confrontés à différentes formes d’agression, de personnes âgées malades et souffrant de problèmes psychiques, de femmes vulnérables (dont des femmes enceintes) et de familles avec enfants.

La capacité d’accueil actuelle est déjà inférieure aux besoins. Il y aurait à Bruxelles environ 2000 sans-abris (source : La Strada), alors qu’il y a moins de 1000 places disponibles. Le Samu Social a un certain nombre de propositions structurelles prêtes. Le suivi et l’accompagnement de nature medico-psycho-sociale par exemple, une procédure destinée aux sans-abris qui, vu le manque de places disponibles en centre d’accueil, ne demandent pas de l’aide, mais dont la situation s’aggrave tout de même. Ces personnes disparaissent et doivent survivre seules. C’est modifier la réalité de dire  ensuite que ces personnes ne veulent pas d’aide et préfèrent vivre dans la rue.

Il y a un deuxième problème de taille concernant le manque de capacité d’accueil. Comme les rares places sont rapidement attribuées, le nombre de personnes qui ne peuvent être acceuillies augmente rapidement, et ces personnes finissent dans la rue. Il s’agit souvent de personnes pour qui être rapidement accueilli est primordial. Un accompagnateur le résume ainsi: “Si quelqu’un est expulsé de son domicile mais a encore un emploi, alors il y a un besoin pour un accueil d’urgence. Car quelques nuits passées dans la rue suffisent pour aussi perdre cet emploi. Et là, c’est la chute libre.”

Bruxelles est sans doute la troisième région la plus riche d’Europe, mais n’oublions que les Bruxellois sont surtout pauvres. 30 % des Bruxellois vivent dans la pauvreté. Cela veut dire que la richesse est inégalement répartie à Bruxelles. Ce n’est pas un hasard si l’inégalité sociale y est le principal problème, et cela depuis quelques décennies. Pendant que l’inégalité, l’exclusion et la pauvreté augmentent, les différents gouvernements se contentent de regarder.

Cela fait des années que les Bruxellois demandent des solutions structurelles à des problèmes struturels, mais celles-ci n’arrivent pas. Pour rester sur le sujet des sans-abris: le Samu Social demande également des solutions structurelles.

En dix ans, le nombre de sans-abris a fortement augmenté, mais le nombre de lits (disponibles toute l’année) n’a pas évolué. La grave crise qui sévit depuis 2008 a également fait augmenter le nombre de groupes très vulnérables, et cela appelle à l’augmentation des places disponibles pour ceux-ci. Plus d’investissements doivent également être faits dans le suivi structurel de ces personnes. C’est à dire: soutenir les sans-abris dans la recherche d’un logement, proposer des logements publics aux sans-abris et les aider à trouver un emploi. Il y a des exemples positifs tels que le projet de l’ASBL Huis Van Vrede (Maison de la Paix) et le CAW Archipel, où un groupe d’anciens sans-abris vit dans un appartement “clés-en-main” afin de progressivement se prendre en charge.

Les ministres compétentes à Bruxelles, Evelyne Huytebroeck (Ecolo) et Brigitte Grouwels (CD&V) ont réagi négativement aux propositions du Samusocial pour des mesures structurelles et ne semblent pas prêtes à réellement s’attaquer au problème.

Et pourtant les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2011, 859 enfants étaient en centre d’accueil pour sans-abris à Bruxelles. Le nombre de femmes est encore plus élevé, 860 rien que pour 2011 (sans prendre en compte celles qui étaient déjà en centre d’accueil). Ces chiffres, venant de La Strada, sont sous-évalués, car cinq des vingt-sept centres d’accueil, dont le Samu Social, ne sont pas pris en compte. Il est également important de souligner que tous les sans-abris ne trouvent pas une place dans un centre d’accueil.

Il faut s’attaquer au problème de manière plus large, se concentrer sur l’accueil est insuffisant. Il faut éviter que les personnes se retrouvent à la rue. Personne ne veut vivre dans la rue, et sûrement pas les femmes et les enfants. Les principales raisons pour lesquelles les personnes deviennent sans-abris sont la perte du logement et du travail.

Les loyers sont devenus exorbitants à Bruxelles. Les logements sociaux sont souvent inadéquats car ils doivent répondre à des normes strictes, comme, par exemple, disposer d’une chambre individuelle pour chaque enfant de plus de 12 ans. Les proporiétaires sont particulièrement méfiants à l’égard de certains groupes, tels que les femmes et les mères célibataires.

En résumé, à part travailler sur une politique d’accueil structurelle, il faut s’attaquer au  manque de logements abordables.

Le marché du logement doit devenir plus accessible pour les sans-abris et/ou les personnes ayant un revenu limité. Cela peut être fait en accroissant l’offre de logements sociaux. Une des meilleures manières de faire cela serait de réquisitionner les bâtiments vides. C’est légalement possible, mais en 20 ans les bourgmestres n’ont pas appliqué la loi une seule fois. Car la loi ne peut être appliquée que si le gouvernement lui-même n’a pas de bâtiments vides…

De plus, le gouvernement est obligé d’établir un inventaire de tous les bâtiments vides sur son territoire avant qu’une procédure de réquisition puisse être initiée. Si l’on veut pouvoir réquisitionner les bâtiments vides – plus de 1500 ! –  il faut que cette double exigence soit annulée ou totalement appliquée.

Nous nous retrouvons donc avec les décideurs et ministres compétent qui, concernant ce problème, ne cherchent pas non plus de solutions et ne le font même pas apparaître sur leur agenda. Chacun essaie d’échapper à sa propre responsabilité dans le fait que des personnes se retrouvent à la rue. Mais les politiciens compétents ont également une responsabilité qu’ils ne pourront pas continuer à nier longtemps.

Bleri Lleshi est philosophe politique

Traduction du néerlandais par Olivier Gbezera

 (©) Photo / Nisran Azouaghe

https://blerilleshi.wordpress.com/

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s