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Keny_Arkana_261©KoriaSorte de Manu Chao féminine de l’underground marseillais au flow à vous couper le souffre, la rappeuse Keny Arkana est active dans les mouvements altermondialistes et de désobéissance civile depuis sa jeunesse. Son nouvel album Tout Tourne Autour Du Soleil est un véritable coup de gueule à la société de consommation.

Ce qui frappe dans la musique de Keny Arkana, c’est la révolte qu’on ressent dans le ton de la jeune rappeuse marseillaise. « C’est ma sensibilité pour le monde qui me pousse. Il ne faut pas avoir de degré d’intelligence fort poussé pour savoir que la planète va mal. En moins d’un siècle l’être humain a réussi à tout foutre en l’air. Il faut y faire quelque chose, c’est urgent ! » raconte Arkana, qui ajoute son enfance difficile et l’injustice des institutions dont le foyer dans lequel elle a été placée, comme sources de sa révolte. « Je m’y prends en pleine gueule depuis que je suis petite. J’ai toujours été contre l’autorité arbitraire. Mais c’est ma sensibilité au monde qui me pousse le plus. Si on ouvre les yeux, on a tous une responsabilité. J’essaye d’en parler, de toucher les gens. Mais je veux aussi montrer les côtés positifs, de faire éloge à certaines vertus humaines qu’on est en train de perdre. »

C’est le soleil dans le titre de l’album ?

En partie, oui. Il y a plusieurs degrés de lecture. L’homme n’est pas le nombril de l’univers. Et puis dans la symbologie, l’eaux représente le système émotionnel, l’air c’est le sang qui coule dans notre corps, la terre notre corps physique et le feu notre coté spirituel. Cette lumière intérieure est beaucoup plus importante que ta nouvelle père de basket ou nouvelle voiture. Le soleil est aussi un clin d’oeil à la révolution : on dit que c’est juste faire un tour autour du soleil. Le vrai sens de la révolution, c’est la révolution solaire, c’est-à-dire un mouvement constant et pas un moment figé. Tout est en éternel mouvement.

Et pour cela il faut des Esprits Libres (le second morceau de l’album)?

J’ai l’impression que les vrais esprits libres, ce n’est qu’une petite minorité de la population. Un esprit libre n’a pas peur du regard des autres et ne se laisse pas influencer. La plupart des gens ne tiennent pas sous la pression et finissent par s’éteindre car ils se sentent seuls. J’en ai marre d’entendre tous ces artistes qui font partie de la pensée unique traiter d’utopistes ou de naïfs ceux qui veulent changer quelque chose. Je crois que si chacun met son grain, on parviendra à changer ce monde. C’est qui l’utopiste dans un système qui ne respecte pas la nature, la terre, les animaux ni le propre être humain ? N’est-ce pas une utopie de croire qu’on peut continuer de vivre comme ça ? Que les ressources vont continuer à nourrir la croissance économique et que la terre continuera à avaler sa dégradation ? J’en ai marre de ces discours de merde qui nous tirent vers le bas. Au moins nous, les « utopistes », on est bien conscients de l’urgence de changement. Et on sait qu’on y arrivera pas seuls.

Se sentir exclu, c’est justement ce dont vous rappez sur Le syndrome de l’exclu.

Je parle des jeunes de quartier, des foyers. On se sent exclu quand on sort du quartier, on a le sentiment de constamment être jugé, d’être vu comme des délinquants. Que ce soit dans un magasin, pour chercher du travail ou pour sortir en boîte… Le sentiment d’exclusion nous colle à la peau. À force d’être exclu et de se sentir jugé tout le temps, on fini par s’exclure nous-mêmes. Tu sais, si un sac disparaît dans un pièce plein de gens, je pense tout de suite qu’ils vont penser que c’est moi. C’est ce sentiment que je veux dénoncer.

Vous chantez aussi de Marseille, ville millénaire et terre d’accueil, qui est devenue la Capitale de la rupture.

Ils utilisent l’industrie de la culture pour restructurer la ville. Depuis 2005, Euromed est en construction, un projet qui veut faire de Marseille un gros point économique, une sorte de New York avec gratte-ciels etcétéra. Ils virent les habitants de Marseille, détruisent leurs quartiers pour construire des bureaux et pour créer du travail tertiaire. Les loyers montent. C’est une sorte de colonisation de Marseille. Et maintenant on utilise ‘Marseille, capitale de la culture 2013’ dans ce même contexte, alors qu’il n’y a rien pour la jeunesse qui est armée, fait des braquages, se tire dessus… On vit des expulsions, de la violence, mais les gros maffieux sont les hommes politiques de la ville. Je ne comprends pas comment ils n’utilisent pas cet argent pour améliorer la situation des Marseillais.

Un sujet qui vous tient tellement à cœur que vous en faites un documentaire.

Oui, un morceau n’était pas assez, j’ai fait un documentaire de 20 minutes pendant mon petit mois de congé. On vit une colonisation comme il y a eu au tiers monde. Marseille, c’est un peu le tiers monde, 5% de la population est riche contre 85% de pauvres. Mais on a aussi les valeurs de partage, c’et une ville avec une culture populaire, méditerranéenne, cosmopolite, avec des places et des rues vivantes. Ils veulent tuer cette culture là. Des personnes âgées se retrouvent à la rue ou dans des foyers alors qu’ils ont travaillé toute leur vie pour ce système.

Vous êtes indignée, d’où votre soutien aux Indignados.

Je voulais faire un big up à ce mouvement. À l’époque de La Rage du Peuple (collectif marseillais dont Arkana faisait partie dans les années 1990, bt) on était beaucoup sur le terrain. On dénonçait le fait que les luttes populaires sont toujours menées par les syndicats ou par des partis politiques. Il n’y avait jamais de mouvement sans institution derrière. On rêvait d’un mouvement horizontal, mondial, ça avait l’air une utopie à l’époque. Là, on vit une première de l’histoire de l’humanité : un mouvement mondial qui s’est crée spontanément à plein d’endroits différents, un mouvement libre, horizontal, planétaire. On est divisé par les frontières, mais on est d’une seule planète et finalement on lutte contre un seul et même système à plusieurs visages. Je rappe une partie en espagnol car c’est à la Puerta del Sol à Madrid que tout a commencé (Arkana est d’origine argentine, bt). Et c’est en hommage aux Latinos qui ont des mouvement comme ça depuis des années. Maintenant certains disent « mais c’est déjà fini ». Non, ce n’est que le début !

Interview / © Benjamin Tollet, Agenda Magazine. Une version courte de cet article a parue dans Agenda Magazine : http://www.agendamagazine.be/en/blog/keny-arkana-des-claques-au-système)

© picture: Koria

Keny Arkana, le vendredi 8 mars à l’Ancienne Belgique à 20h.

Tickets : 25/29 euros

http://www.abconcerts.be

https://blerilleshi.wordpress.com/

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

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