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blerilleshiDans ce pays, ou plus précisément en Flandre, il est impossible d’avoir un vrai débat. Il est simplement impossible d’avoir une opinion ou une analyse différente. Prenez par exemple le débat sur Bruxelles et ses problèmes. Tous s’accordent à dire qu’il y a de gros problèmes. Posons quelques questions en lien avec ceux-ci.

Quelques questions logiques

La première question logique me semble être la suivante: quels sont les plus gros problèmes aujourd’hui?

Si cette question est posée, trois autres en découlent logiquement: quels sont les causes de ces problèmes, quelles en sont les conséquences, et quelles sont les solutions qui sont proposées?

Sur la question du pourquoi nous sommes, pour la plupart, d’accord. Là où les avis diffèrent et là où il est quasi impossible d’avoir un débat est la deuxième question, celle sur les sources de ces problèmes.

Pourquoi aucun débat n’est possible sur les causes? Parce qu’il n’est pas possible d’en discuter. En débattant, les problèmes clairement socio-économiques sont considérés sous le prisme culturel. Ce qui veut dire que les racines des problèmes sont cherchées dans la culture, l’ethnie et/ou la religion et non dans la pauvreté, l’exclusion, l’incertitude. Ceux qui ont une opinion divergente n’est pas pris en compte.

Le discours culturaliste

Qui considère que les problèmes socio-économiques pourraient avoir des causes socio-économiques sera non seulement ignoré, mais aussi accusé de tenir un discours archaïque de gauche et de soutenir une politique d’assistanat du passé (“pamperbeleid”, c’est-à-dire ‘dorloter’). Lorsque j’entends ce mot (ce qui arrive souvent), je me pose la question suivante: si les immigrants et les pauvres de ce pays sont ainsi “assistés”, pourquoi leur situation actuelle est si mauvaise? Pourquoi la Belgique est l’un des pires élèves de la classe européenne en ce qui concerne les inégalités, l’éducation et la pauvreté?

Pourquoi croyons-nous que les problèmes auxquels notre société est confrontée sont culturels ou religieux? Il y a plusieurs raisons. La première est le discours culturaliste qui domine actuellement. Tout problème sera lié à la culture de tel groupe ou de telle communauté. Vient ensuite le rôle des médias, via lesquels nous obtenons la majorité de nos informations. Beaucoup de nos opinions sont formées en nous basant sur ces opinions.

Les mythes des médias

Nous pouvons souligner deux mythes. Le premier concerne ceux qui pensent que leur opinion n’a rien à voir avec l’information qu’ils reçoivent des médias. Ils pensent ainsi avoir formé leur “propre” opinion. Le second mythe concerne l’objectivité journalistique. Elle n’existe pas. Chaque journaliste est subjectif, car il a également sa propre opinion, vision, ses idées et son passé. Un bon journaliste est celui qui l’admet, s’en rend compte et qui tente être le plus objectif possible dans cette subjectivité.

De nombreux rédacteurs en chefs et rédacteurs écrivent des éditoriaux ou des opinions dans leur propres journaux. Pensez-vous que les thèmes qu’ils choisissent et ce qu’ils en disent sont objectifs?

Restons sur les médias. Les politiciens y reçoivent beaucoup d’espace. Nous recevons des informations sur tout une série de sujets concernant notre société via ces politiciens. Dans notre pays – ou ‘landgedeelte’ en Flandre – nous sommes doc surtout exposés à des politiciens allant du centre-droit à l’extrême-droite. C’est ce qu’ils disent et donc leur discours qui dominent. N’est-ce pas?

Imaginons le scénario suivant. Le PVDA devient le plus gros parti de Flandre en 2014. Peter Mertens devient le champion des votes, plus encore qu’Yves Leterme ou Bart de Wever. Ces derniers et leurs partis n’atteignent pas le seuil électoral. Pensez-vous que le même discours dominera les médias en ce qui concerne l’économie, la pauvreté, l’éducation, la culture, les jeunes, l’immigration…?

Vos experts et faiseurs d’opinion préférés

Outre les journalistes et les politiciens, des formateurs d’opinion et autres soi-disants “experts” apparaissent souvent dans les médias. Faites une liste de ceux que vous connaissez. Celle-ci ne sera pas bien longue et ne sera pas très différente de celle de vos concitoyens. Il s’agit d’un petit groupe de personnes qui dit surtout ce qui correspond au discours ambiant, ce qui semble être de bon sens. Si vous pensez que des personnes telles que Carl Devos, Koen Schoors, Pascal Paepen ou Marc De Vos (tous des hommes blancs, ce qui n’est pas un hasard) sont objectifs, vous vous trompez.

C’est surtout cette élite des médias, composée de journalistes, de formateurs d’opinion et autres experts qui informe le public, qui en suite se forme sa propre opinion en se basant sur ces informations. C’est ainsi que se forge l’opinion publique, qui est à son tour accueillie les bras ouverts par cette même élite: “C’est ce que veut le public”, “Nous n’irons pas contre l’opinion publique”, “Selon l’opinion publique”, etc.

Jamais quelqu’un ne dira que cette opinion publique est une construction de l’élite. D’une élite extrêmement partiale, qui crée donc une opinion publique, tout aussi partiale.

Permettez-moi d’illustrer mon propos. Plusieurs journalistes et formateurs d’opinion ont réagi aux problèmes bruxellois. Dans De Standaard, Mia Doornaert, Luckas Vander Taelen, Joost Vandecasteele (tous trois du Standaard même) ont co-rédigé une attaque contre la sociologue Nadia Fadil et sa vision du sexisme à Bruxelles. Lorsque cette dernière a réagi, De Standaard n’a pas publié sa réponse car celle-ci n’était “pas d’actualité”. Quand son texte est apparu sur d’autres sites, De Standaard s’est résolu à en publier une version raccourcie.

Ceci n’est qu’un des nombreux exemples de comment les personnes dans les médias flamands définissent les règles du jeu. Si vous dîtes quelque chose qui ne rentre pas dans leur vision, alors on vous répond que “cela n’est pas d’actualité”, “qu’il n’y pas de place”, “qu’il n’y a pas d’intérêt”, etc.

Pas la même analyse de tous les jours

Parfois, ces même médias ont besoin de vous. Mais seulement lorsqu’il s’agit de thèmes culturalistes ou de leur sujet préféré, l’islam. Un exemple d’agression, un acte homophobe par des jeunes issus de l’immigration ou quelques fous du village comme ceux de Sharia4Belgium sont de bonnes occasions pour vous laisser parler. Surtout lorsque vous condamnez votre propre communauté afin de rassurer le Belge blanc.

Parfois, mais alors vraiment pas souvent, une autre analyse apparaît dans les médias. Lorsque les barons des médias sont de bon humeur. Mais imaginez-vous dans quelle position ces personnes se trouvent lorsqu’elles se rendent compte que le citoyen est constamment abreuvé par un discours précis, et qu’il ne connait rien d’autre. Dans notre cas: on dirait un discours venu de Mars quand cette personne veut aborder les causes socio-économiques de nos problèmes, sachant que le public est constamment confronté à un discours culturaliste. Le public n’entendra pas ce que vous voulez dire et trouvera inacceptable que les médias véhiculent de telles analyses ou opinions. Cela n’est pas surprenant, le public étant habitué aux analyses de tous les jours qu’il est devenu sourd et aveugle au reste.

La Belgique, championne de l’inégalité

Pendant ce temps, l’écart entre les riches et les pauvres n’a jamais été si grand dans notre pays. La pauvreté augmente, 1 Belge sur 5 a des difficultés à boucler les mois, le chômage chez les jeunes d’origine étrangère est au dessus de 30%, aussi bien les peux éduqués que les hautement qualifiés ne trouvent pas de travail, et 1 enfant de migrant sur 3 grandit dans la pauvreté. Ce qui livre à la Belgique le pire score des 34 pays repris dans le dernier rapport de l’OCDE.

Derrière ces chiffres se cache a une réalité. Cette réalité s’aggrave chaque jour, et ce n’est pas avec le discours culturaliste dominant en Flandre que les problèmes seront résolus. Il est temps de mener un vrai débat sur les causes des problèmes et d’établir un plan d’action à court et à long terme. Et d’agir.

Je réalise que parler de facteurs socio-économiques en 2013 ne rend pas populaire. Mais personne ne doit oublier que nous sommes dans une crise économique et sociale qui nous frappe toujours plus fort.

Cela veut-il dire que nous n’avons que des problèmes et des défis d’ordre socio-économiques? Non, je n’ai jamais prétendu cela. Je dis juste qu’on doit en faire une priorité de s’y prendre à ces problèmes. Je pense que la culture, la tradition, les habitudes et la religion sont aussi importantes. Sinon je n’aurais pas écrit des dizaines d’articles ou même un livre sur les thèmes de l’identité et de l’interculturalité.

Bleri Lleshi est philosophe politique

Traduction du néerlandais par Olivier Gbezera

https://blerilleshi.wordpress.com/

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

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