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Le grand chanteur et musicien libanais Marcel Khalifé revient au BOZAR pour présenter son nouvel album Fall of the Moon avec son orchestre, le Al Mayadine Ensemble. Un hommage à son ami décédé, le grand poète palestinien Mahmoud Darwish, et sa manière de saluer le Printemps arabe. « Il ne faut pas s’enfermer dans sa culture. »

Marcel Khalifé n’est pas qu’un musicien talentueux et innovant, il est une source d’inspiration pour les forces progressistes arabes et le précurseur du Printemps arabe. Pour son nouvel album Fall of the Moon, il a écrit de la musique sur les poèmes de Mahmoud Darwish. « On a perdu l’homme, l’ami, mais il est toujours là à travers ses poèmes. Il a écrit beaucoup de textes magnifiques qui peuvent résister au temps et resteront toujours dans nos mémoires, » raconte Khalifé, qui a composé pour de grands orchestres et pour des instrument orientaux comme le oud, le nay, le qanun et le buzuk. « Je suis connu comme compositeur, mais pour moi la chanson est aussi importante. On ne peut pas diviser l’art, car l’art est une forme d’expression. Des fois on s’exprime en poème, des fois en musique, des fois en peinture… »

Vous êtes un des plus grands noms de la musique arabe, continuez-vous quand même votre recherche musicale ?

Il y a toujours de l’évolution car je suis dans l’action. Je voyage dans le monde entier pour présenter ma musique. Je suis comme un pigeon, la terre est trop petite, alors je vole. Le trio ce soir (lors de la journée de presse en octobre, bt) avec Rami et Bashar, mes deux fils (sur piano et percussions, bt) est électronique et acoustique en même temps. C’est un mélange de jeunesse et de sagesse.

Votre musique évolue dans ce sens là, avec l’élément électronique par exemple ?

Ma musique a toujours eu beaucoup d’ouverture. J’ai écrit des concertos pour instruments orientaux, des symphonies, de la musique de danse, de ballet et de film. Et les chansons. (rires) J’ai publié quelques livres qu’on enseigne dans les conservatoires pour apprendre les instruments, avec des exercices pour les élèves.

La musique peut réaliser un pont entre le monde arabe et le monde occidental ?

La musique ne connait pas de barrières ni de frontières. Chaque musique a sa racine qui peut se mélanger avec l’orchestre symphonique, l’ensemble traditionnel. J’ai une double culture, occidentale et orientale, depuis que je suis enfant, parce que le Liban est un pays ouvert, au bord de la mer. Quand j’étais jeune j’écoutais les cantiques dans l’église et en même temps les prières qui disent Allah Akbar dans les mosquées. Cette double culture est omniprésente. Pour moi il n’y a pas de préférence, j’aime les deux.

Pourtant dans certaines parties du monde, cette coexistence n’est pas si facile…

J’aime bien ce mélange, cette richesse de deux cultures. Il ne faut pas s’enfermer dans sa culture, il faut ouvrir les fenêtres et regarder les plaines. Il n’y a pas qu’un seul horizon, car quand on arrive à cet horizon, on voit un autre horizon. C’est ça la vie.

Il ne faut par regarder l’autre comme l’ennemi. L’autre c’est l’ami. Si on peut être ami avec l’autre, on gagne, parce que la guerre ne mène à rien. La guerre c’est la destruction, c’est le déchirement de tout ce qu’on a fait dans la vie. On a vécu la guerre pendant 30 ans au Liban. Pour arriver à quoi ? Il y a 18 communautés au Liban, toutes ont été déchirées par la guerre. Il est important d’essayer de comprendre l’autre. Les être humains doivent apprendre à vivre ensemble. Il faut toujours lutter pour cela.

Votre musique fait partie de cette lutte ?

Bien sur. Toutes les communautés m’écoutent parce que ma musique et mon message de paix ont ultra-passé toutes les frontières.

Par rapport au Printemps arabe…

(Khalifé interrompt.) Je suis toujours avec la liberté du peuple. N’importe où. S’il y a un régime dictatorial, je ne peux pas être avec lui. Je suis avec la liberté, avec le peuple qui lutte pour être libre dans tous les domaines : politique, culturel, social…

La Tunisie et l’Egypte ont atteint ces libertés ?

On ne peut pas arriver directement à la liberté, il faut lutter pour la liberté. On a fait la révolution, mais on ne peut pas s’arrêter là. La révolution français a durée plusieurs années. Même chose dans le monde arabe, on ne va pas régler les choses en deux ou trois ans, il faut continuer à lutter, chaque jour, pour atteindre cette liberté, cette démocratie, cette nouvelle influence du peuple. Il na faut pas oublier qu’on a eu des régimes pendant 50 ans qui ont vraiment cassé les peuples. On ne peut pas tourner la page en une nuit. Il faut donner beaucoup pour atteindre la liberté, amener tous les côtés du bien, laisser le gens s’exprimer politiquement. Il faut plusieurs partis et les mélanger pour atteindre une liberté.

Avec les évolutions actuelles, les pessimistes diront qu’après le Printemps arabe, l’hiver arabe est arrivé…

Je ne crois pas, je suis optimiste car les gens ont bougé. C’est important car les peuples sont restés calme pendant 50 ans avec ces régimes au pouvoir. La situation ne peut pas en revenir à où elle était avant le Printemps arabe. La révolution va avancer, avec ses chutes, mais on va y arriver.

La liberté est aussi une valeur importante dans l’occident. Comment voyez-vous la liberté ?

Tout commence par la démocratie. Mais il n’y a pas un exemple concret pour définir la liberté, elle a sa forme spécifique dans chaque pays. On ne peut pas dire qu’au Liban on doit faire comme en France, car la situation est différente. Il faut toujours voir la vie sociale premièrement, aider les pauvres, les gens qui meurent de faim, les gens qui n’ont pas d’écoles. Il y a plein de manques, même dans les pays arabes plein de pétrole. Il y a beaucoup trop d’arabes qui ne profitent pas de cet or noir.

Comment voyez-vous le rôle des religions dans le Moyen Orient ?

Je suis né chrétien, mais j’ai travaillé avec tout le monde, tous les pays arabes. J’ai lutté pour de grandes causes comme la cause palestinienne. C’est n’est pas ma religion qui m’a poussé à le faire, mais moi, mes idées, je veux aider l’autre. Le musulman c’est mon frère. Comment pourrait-il être mon ennemi s’il vit à côté de moi ? Au début de la guerre, j’ai quitté mon village natal à cause des idées qui entouraient les villages, c’est-à-dire que les palestiniens sont nos ennemis.

Les religions n’ont pas besoin d’être défendues, elles sont là. Jesus Christ est venu, Mohammad aussi. Il ont fait leurs grands discours et aidé les gens. Ils n’ont pas besoin d’aide. Les guerres actuelles sont politiques, pas religieuses. Je suis un homme laïque. Notre travail n’est pas par rapport à ce qui se passe dans le ciel, notre travail c’est ici, sur terre. J’aime les régimes laïques.

Alors vous êtes déçu par la victoire des Frères Musulmans en Egypte ?

C’est ce que le peuple a décidé. Je suis avec le peuple. Si cela ne marche pas, ça va changer. C’est le peuple qui va réaliser le changement, pas toi ni moi.

Qu’est-ce plus important alors, ce que le peuple pense ou le principe de la laïcité ?

Pour moi, c’est le désire du peuple. Le peuple va voir que cela ne marche pas et va lui-même changer d’idée. Ce n’est pas moi qui vais changer les régimes au pouvoir. En temps que leader et artiste, je peux seulement aider. C’est le peuple qui fait le véritable changement. Il ne faut pas cesser de rêver. Le rêve c’est d’avoir l’amour, la démocratie et la liberté. De pain et des écoles pour tout le monde. Comment peut-on dormir tranquillement quand il y a des enfants qui meurent de faim, en Afrique par exemple. Comment ?

Interview et texte par Bleri Lleshi & Benjamin Tollet

17.11.2012 20.30 – 15/20/25/30 euro

BOZAR, rue Ravensteinstraat 23, Bruxelles/Brussel

02-507.82.00 tickets@bozar.be www.bozar.be

https://blerilleshi.wordpress.com

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

3 thoughts on “«Il ne faut jamais cesser de rêver.» Interview avec Marcel Khalife, chantre de la liberté

  1. Pingback: ‘We moeten nooit ophouden met dromen’ Interview met Marcel Khalife « Bleri Lleshi's Blog

  2. Pingback: Unforgettable night at Bozar with Marcel Khalife & Al Mayadine Ensemble « Bleri Lleshi's Blog

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