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Depuis 80 jours les 23 demandeurs d’asile à la VUB sont en grève de la faim. Les médias ont enfin trouvé le chemin vers eux, mais les politicens restent remarquablement silencieux. Aujourd’hui ce sont les moralistes qui occupent la scène. 

Terzake voulait organiser au début de la semaine un débat politique sur cette problématique. Aucun représentant des partis flamands de la majorité ne s’est présenté. CD&V, Open Vld et sp.a ont gardé le silence absolu. Même la Secrétaire d’état l’Asile et la Migration, Maggie De Block, a posé un lapin.

La seule personne qui a fait l’effort de venir studio était Freddy Roosemont, Directeur de l’Office des Etrangers. ‘On a des règles et nos règles ne s’appliquent pas à ces demandeurs d’asile’, était son message. Dans un interview avec Het Laatste Nieuws Maggie De Block rajoute: “Les grévistes de la faim exigent plus de droits que d’autres.”

Etienne Vermeersch partageait pleinement les propos de De Block. “Qu’est-ce qu’une ministre pourrait faire d’autre que de respecter la loi?”, se demandait-il dans Terzake. Il est même allé plus loin en appelant la grève de la faim une “comédie”. Vermeersch se montrait strict et autoritaire. Il considère l’éthique comme un ensemble de règlements qui peuvent être déduits facilement et rationnelement à partir de la loi. Il n’a pas d’yeux pour des considérations ambivalentes et difficiles et donc participe à la construction de notre société sévère. Dans la presse, ces propos sont également partagé par Loobuyck et Naegels: ne vous laissez pas guider par vos émotions. Dura lex, sed lex. Et le moraliste vous y guidera en tant qu’expert.

Quel contraste avec le recteur de la VUB De Knop. Il nous a montré la complexité de la réalité, comment les situations se développent, sa façon de réagir dans des situations concrètes, comment l’immobilité de la politique qui dure maintenant depuis des années l’oblige à faire face à ces problèmes.  Son mode d’emploi était de réagir à chaque fois d’une façon humanitaire.

Voici le dilemme éthique: comment réagir quand la loi mène visiblement à des situations de détresse? Les uns ne veulent pas toucher au pouvoir du gouvernement, ni aux lois ni aux règlements et arrivent à des règles morales policières: laissons les médecins les amener de force dans des hopitaux (différents). Sous le couvert de “l’assistance à personnes en danger” on pourra donc mettre fin à leurs actions. Des autres, comme nous, ne commencent pas à condamner les motifs des gens en action. Nous partons d’une écoute respectueuse pour ce qu’ils essayent de dire. Les sans papiers ne se retrouvent pas seulement sans papiers, ils n’ont également pas de droits.  Et pas de droits signifie pas de vie.  Voici ce que les grévistes de la faim essayent de nous dire.

Et c’est ce que nous entendons. Ce n’est pas parce qu’on ne correspond aux règles à un moment donné que la demande ne peut pas être justifiable. La loi doit toujours être interprétée et cette interprétation sera toujours ambivalente. Et nous savons aussi que les procédures ne mènent pas toujours aux bonnes décisions.

Nous  avons constaté que lorsqu’il s’agit de lois pour des personnes avec papiers, on peut toujours “arranger” l’application de la loi. Dans les dossiers concernant  les maisons  construites en zones non-constructibles des arrangements sont trouvés. Dans les dossiers concernant la fraude fiscale on régularise et on trouve des accords avec le fisc. Comme par exemple l’accord entre le fabricant de tapis Beaulieu et l’administration fiscale. Et qu’en est-il de notre rigeur morale  dans notre vie quotidienne? Déversement illégal, téléphoner au volant, stationnement en double fil, travail au noir… Appliquez cette loi! Non mais: nous sommes aussi des humains. Dans ces cas-ci on demande de la compréhension et puis on invoque des “circonstances particulières”. Mais lorsqu’il s’agit de personnes faibles, dans ce cas précis des grévistes de la faim, apparament ce n’est pas possible.

La lutte des grévistes de la faim pour acquérir quelques droits de base est perçue comme du chantage. Chaque lutte ou mouvement conteste la loi ou une certaine interprétation de la loi. Ceci n’est pas illégal. Ce n’est pas la tâche des médecins ni des moralistes de briser cette lutte.

Ici il ne s’agit pas de qui a raison ou qui a tort. Ce n’est pas la question. Les grévistes de la faim demandent de tenir compte de certains arguments. Certains sont déjà depuis dix ans en Belgique. Ils veulent la même bienveillance que par exemple les citoyens de l’UE. Quelle est la logique derrière la migration acceptée venant des pays de l’UE et la migration interdite venant des pays de migration traditionelle pour la Belgique? Pourquoi l’UE et pas le Maroc? La grève de la faim nous montre une discrimination dans notre législation. Les grévistes de la faim demandent à avoir une chance.

Ils nous montrent aussi une réalité. Il y a beaucoup de sans papiers qui se font exploiter économiquement. Qui en douterait devrait aller voir au Petit Chateau combien de Mercedes passent chaque matin pour prendre des ouvriers. Vermeersch et les autres feraient mieux de s’énerver sur le manque d’application systématique de la législation sociale,  sur les nombreuseus infractions à la législation du travail, sur les salaires en noir, sur le trafic humain etc. Mais aucun mot là dessus dans la discussion.

Les grévistes de la faim font appel à notre sens de la justice et notre solidarité. La société n’est pas parfaite. La législation est incomplète. L’inégalité existe et les plus forts/riches ont plus de facilités. C’est le prix que nous payons pour notre envie d’avoir des “winners” et des “losers”, pour notre système de classement et de concurrence ? Peut-être que ce sont les grévistes de la faim que nous éliminons lors de notre “conseil de la tribu”. (ici je ne comprends pas) Nous préconisons l’humanité, la dignité et la compassion pour les faibles. La compassion ne veut pas dire la pitié, mais une forme de douceur car  il y a beaucoup de dureté dans les discussions. Par conséquent la VUB n’a pas laissé ces gens dans la rue dans le froid. Par conséquent il faut tenir compte des situations de facto et donc une certaine estime pour la lutte de ces personnes serait la bienvenue. C’est ce qu’on appelle “l’humanité”. Et c’est ce qui manque à notre société. Leur morale et la notre!

 

Bleri Lleshi est philophophe et réalisateur de documentaires.

twitter @blerilleshi

Eric Corijn, philosophe de la VUB

Ici le reportage sur les grévistes de la faim de la VUB Protestation pour la vie http://www.youtube.com/watch?v=9w1566gC65Y

Traduction: Yuri De Belder

Image: Karen Nachtergaele

One thought on “Un manque d’humanité

  1. Pingback: Actualité: Sans-papiers”, elle affirme travailler pour un ministre: « spbelgique

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