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Les sans papiers représentent un des groupes les plus exclus et exploités de notre société. Sans papiers, sans droits et en période de crise économique profonde, il leur reste un choix: la grève de la faim.

Cela fait déjà 72 jours que 23 sans papiers sont en grève de la faim dans un bâtiment de la VUB à l’abandon. Tous les jours, des centaines d’étudiants passent devant ce bâtiment, en quittant leur kot pour aller en cours. C’est aussi le cas pour des milliers de voitures qui circulent sur le Boulevard du Triomphe pour regagner le ring de Bruxelles. Pour toutes ces personnes, la vie continue.

Pas pour les grévistes de la faim. Leur vie s’est arrêtée depuis des mois. Enfin, si l’on peut encore appeler cela une vie. C’est la raison pour laquelle ils sont en grève de la faim. Ils veulent nous montrer qu’ils existent, qu’ils vivent. Ils souhaitent accéder aux droits fondamentaux. Que signifie vivre si la société ne reconnaît pas l’existence de quelqu’un?

Pour nous, c’est difficile de s’imaginer ce que cela représente. Pour les sans papiers, c’est une dure réalité. Une réalité qu’ils ne peuvent et ne veulent plus supporter. Souvent, ils travaillent 12 à 14 heures par jour pour 3-4 euros de l’heure. A tout moment de la journée, ils craignent de se faire arrêter. Parce que sans papiers, il n’y a d’autre choix que le travail au noir.

Ceux qui profitent de cette situation sont les employeurs qui les paient le moins possible. Les perdants sont les sans papiers, l’état et nous qui payons nos impôts. D’un côté, nous payons les impôts les plus lourds du monde, de l’autre, les employeurs qui exploitent les sans papiers ne sont pas poursuivis car considérés comme non coupables.

Pourtant, on n’entend personne parler de ces employeurs. Ni des vendeurs de sommeil qui laissent vivre les sans papiers dans des conditions lamentables, et qui demandent des loyers exorbitants. Parce qu’ils savent que, sans papiers, ces derniers ne sont légaux nulle part. De même, personne ne reproche aux autorités leur attitude irresponsable dans la lutte contre l’exploitation et l’injustice. Par contre, il est fréquent d’entendre que les sans papiers n’ont pas d’avenir ici, qu’ils sont profiteurs et qu’ils font du chantage à travers la grève de la faim.

Pour la Secrétaire d’état à l’asile et à la migration Maggie De Block, il est facile de dire que ces personnes ‘n’ont pas d’avenir’ dans notre pays. Que font ses collègues et elle pendant que ces gens se font exploiter? Un certain nombre d’entre eux séjournent et travaillent dans notre pays depuis dix ans. En attendant, ils ont effectué les plus lourds travaux contre les salaires les plus bas possibles. Des jobs que nous ne voulons plus avoir. Ils apportent leur contribution. Alors que la crise économique nous frappe tous de plein fouet, ils restent debout, au propre comme au figuré.

En aucune manière ils n’ont profité de notre système. Comment des personnes sans papiers pourraient-elles en profiter ? Qui peut expliquer cela? C’est un non sens. Pensons aux nettoyeurs de la STIB – appartenant à 99% à l’état belge – qui sont traités comme de la ‘racaille’. Dans les médias, à peine entend-on parler de leurs conditions de travail : bas salaires, heures supplémentaires, pas de pauses ni de vacances. Qui en profite ici ?

‘La grève de la faim, c’est du chantage’, nous racontent souvent les responsables politiques et d’autres citoyens. Pourquoi? Auprès de qui font-ils du chantage ? De l’état qui ne les reconnaît pas? De l’état qui accepte l’exploitation et qui profite parfois même de ces gens? L’auto-mutilation – psychologique et physique, est-elle du chantage? Les représentants des autorités ou les citoyens de ce pays pourraient-ils supporter cette souffrance?

La grève de la faim des sans papiers n’est pas du chantage. C’est un acte ultime de désespoir. Ils veulent nous montrer qu’ils existent. Ils demandent un nombre de droits élémentaires: un permis de travail C et un titre de séjour d’un an. La Secrétaire d’état et le gouvernement belge ne donnent pas suite à leurs demandes, mais prétendent bien  respecter les droits humains et même mener une politique d’asile et de migration.

Sur les bancs des universités de ce pays, on apprend qu’un certain nombre de droits humains sont valables pour toutes et tous. Mais lorsque l’on considère la façon dont sont traités les sans papiers, on est face à un grand mensonge. En pratique, ces droits ne valent que pour les citoyens belges.

Nous sommes reconnaissants à l’égard des grévistes de la faim. Leur opposition à la déshumanisation, à l’inégalité et à l’exploitation représente pour nous une preuve de résistance à la politique inhumaine et injuste en matière d’asile et de migration dans notre pays. Pour eux, la grève de la faim représente la dernière possibilité de prendre son destin en mains.

Protester contre le non respect des droits, l’exploitation et l’injustice. Protester pour être vu, entendu et reconnu, et être prêt à aller jusqu’à la mort est un des exploits les plus importants que les sans papiers nous offrent. Ces derniers méritent le droit de travailler et de séjourner dans notre pays. Ces grévistes de la faim méritent un avenir dans ce pays. Comme tout le monde.

Bleri Lleshi est philophophe et réalisateur de documentaires. Son reportage sur les grévistes de la faim de la VUB paraîtra mercredi (28/03) sur le site www.dewereldmorgen.be.

https://blerilleshi.wordpress.com

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Tout le monde est le bienvenu à signer cet article. Envoyez-nous votre nom, prénom et titre : hongerstakersvub@gmail.com

Signé entre autres par:

Rita Vanobberghen, médecin généraliste, accompagne les grévistes de la faim à la VUB

Daniel Alliët, prêtre de l’Eglise du Béguinage de Bruxelles

Eric Corijn, philosophe de la VUB

Jean Paul Van Bendegem, philosophe de la VUB

Fred Louckx, sociologue de la VUB

Marc Van den Bossche, philosophe de la VUB

Paul De Hert, avocat de la VUB

Serge Gutwirth, avocat de la VUB

Dimitri Verhulst, auteur

Stefan Hertmans, auteur

Jeroen Olyslaegers, auteur

Fikry El Azzouzi, auteur

Chantal De Smet, directeur honoraire KASK

Karim Zahidi, philosophe de la UGent

Michaël Vandebril, poète

Dominique Villaert, directeur Victoria Deluxe

Guy Gypens, directeur artistique Kaaitheater

Meryem Kanmaz, MANA

Saskia Van Nieuwenhove, journaliste

Chokri Ben Chikha, rechercheur KASK

Lief Vandevoort, sociologiste

Thomas Decreus, philosophe de la KUL

Ruben Claesen, rédacteur en chef De Moeial

Erol Baykal, historicus

Thomas Bellinck, theatermaker

Gerben Van den Abbeele, directeur strategie bij Casablanco vzw

Paul Willems

Ilse Hackethal, inhoudelijk coördinator Samenlevingsopbouw Antwerpen

Philippe De Cleen

Karen Smekens, studente

Maarten Loopmans, assisten professor KUL

Lieve Verheirstraeten

Marc Bruynseraede

Inan Asliyüce, politicoloog

Karen Nachtergaele, fotograaf

Stannie Geuns

Roos Vansteenkiste

Rosalia Remorie, gemeenteraadslid

Eric Feremans, toondichter

David Van der Maat

Pat Demaret, leraar

Kristof Van Hooymissen, muzikant

Kevin Van Den Panhuyzen, student

Ahmet Yilmaz, sociaal werker

Marloes de Hoon, studente VUB

Asli Dinc, studente

Zehra Tekin

Nordine Saïdi, woordvoerder Egalité

Laurette Vankeerberghen, auteur

Dafinë Blakçori, studente VUB

Kadija Leclere, réalisatrice

Peter Van Rompaey, artistic director Muziekpublique

Kaatje Van Damme

Enise Hosaf, studente

Jaco Van Dormael, cineaste

Arbër Halili

Sam Mampaey, projectmedewer d8 vzw

Ahmet Krasniqi, student

Fitore Qollaki, studente

Kujtime Pajazitaj, student

Philippe Sireuil, metteur en scène

Duron Corine, Enseignante

Silvija Bašić, juridisch medewerker

Luc Gubbels, regisseur

Massimo Bortolini, citoyen

Benoit Dhondt, advocaat

Nathaniël Bovin, voormalig hoofdredacteur De Moeial

Richard Steegmans, dichter

Zeynep Balci

Christophe Calis, moraalfilosoof

Nico Lippens

Mitta Van der Maat,  actrice

Erik Demeester, Vonk

Anabel Craps, studente

Hans Dewitte, kleinVerhaal

Nicolas Guisset

Dietrich Muylaert

 

4 thoughts on “Grève de la faim n’est pas du chantage

  1. Il faut être logique. Soit la loi est respectée et le nombre de candidats à la citoyeneté est régulé, cela implique que ceux qui se voient ce droit refusé doivent quitter le territoire et que des moyens effectifs sont mis en place pour l’application d’expulsions, de gré ou de force.
    Ceux qui choisissent de rester sur notre sol deviennent alors des clandestins -hors la loi, qui ne peuvent prétendre à une égalité citoyenne. * Ces personnes ne sont pas seulement des “sans papiers” même si ça attendrit beaucoup les bisounours.

    Soit on se met d’accord pour modifier la loi, supprimer les quotas et régulariser tout le monde. Il faut savoir ce qu’on veut, c’est tout.

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