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Deux psychiatres judiciaires ont déclaré que le massacreur Anders Breivik serait « non responsable pour ses actes ». S’il ne s’agissait pas de Breivik, mais d’un certain « Mohamed » ou d’un « Mustafa », est-ce que ce serait également le cas ? Obsédés par l’anxiété pour le fondamentalisme islamique, nous restons aveugles pour l’émergence inquiétante du néofascisme.

Breivik peut se mettre 77 victimes mortelles à son nom… Il y en avait peu à croire qu’il agissait tout seul. Qu’un seul homme pourrait – d’ailleurs en plein jour – causer un massacre pareil est en effet incroyable. Entretemps, également un manifeste de la main de Breivik de 1500 pages, entre autre plein de propagande contre tout musulman, circule largement sur l’internet.

Et maintenant, deux psychiatres judiciaires viennent de nous dire que Breivik était « psychotique » au moment des faits. Ceci implique que, pendant ces moments, Breivik était sous l’influence ‘d’aliénation mentale, avait donc complètement perdu tout contact avec la réalité, et n’avait plus aucun contrôle sur ses propres actions’.

Encore un autre forum d’experts examinera la conclusion des deux psychiatres cités. Si ce forum suivra leur conclusion, la Cour ne peut que déclarer que Breivik n’est pas à considérer « responsable ». À ce moment, Breivik serait enfermé pendant trois ans dans une institution psychiatrique. Son séjour y serait prolongé pour autant que l’on estime nécessaire.

Bien avant l’attentat de Breivik j’ai écrit plusieurs articles d’opinion sur la hausse du néofascisme en Europe. Entretemps, cette hausse vient d’être internalisée par les médias, par les politiciens ainsi que par les citoyens, et le néofascisme est devenu une idéologie comme une autre. Breivik, qui ne se trouve pas seul à ce niveau-là, – cf. les actions récentes des néofascistes en Allemagne – nous montrait que la distance entre des mots et des actes est plus petite qu’on croyait. J’ai peur que nous semblons d’internaliser les actes aussi bien que les mots.

Je me pose plein de questions sur l’état de choses en Norvège, qui sert ici d’exemple actuel, puisque nous voyons les mêmes tendances ici en Belgique, ainsi que dans bien d’autre pays.

Ce qui est, à mon avis, plus qu’inquiétant, c’est l’évolution des dernières années dans l’appareil juridique même. Nous avons vu que le rôle de la psychiatrie, comme le rôle des médias, connaît une croissance certaine dans l’appareil juridique. Ce n’est certes pas exagéré d’évoquer une psychiatrisation et médiatisation de cet appareil juridique. Comme exemple nous pourrions penser à l’influence de plus en plus grande de la psychiatrie soit de l’opinion publique (formé par les médias) sur différents procès en justice. Qu’est-ce qu’on pense faire à cet évolution ? Ou est-ce que nous choisissons de la faire continuer ?

Une autre question que je me pose, concerne le schéma de classification de la société dominante. Les coupables qui font partie du groupe dominant de la société, i.e. ‘les blancs’, deviennent « psycholisés », tandis que les acteurs criminels des autres groupes ethniques reçoivent immédiatement l’étiquette de « terroriste ». Souvenez-vous que, juste après l’attentat de Breivik, dans les médias il y avait pleins de spéculations sur la possibilité d’actions des ‘mouvements musulmans, éventuellement terroristes’. Je me demande vraiment quand on commencera enfin à s’interroger bien sur ce schéma raciste, toujours en vigueur, avec un œil critique et rationnel, afin d’y mettre fin pour toujours.

Pendant que l’Europe continu à construire son discours sur « sa lutte contre le terrorisme musulman », la population ne se rend pas compte qu’il y a un danger beaucoup plus grande qui est le néofascisme ; une idéologie qui pourrait être funeste pour toutes les choses positives que l’Europe et l’Ouest ont réalisés. Au lieu de combattre le néofascisme dans toutes les formes dans lesquelles il émerge, on est plutôt en train l’offrir du soutien. En Grèce, notamment, les néonazis ont pris sis dans le nouvel gouvernement, avec le plein appui de l’Europe.

Si je parle, lors de mes lectures ou dans mes articles, du néofascisme, je vois souvent des gens autour de moi qui ne semblent perturbés et savent pas trop quoi y penser.

On ne va pas vouloir l’entendre, mais ils y existent certainement des tendances néofascistes et si on regarde bien autour de nous on en voit la pratique réelle. L’individu est dégradé, apprivoisé, et soumis au système.

Dans le système capitaliste d’aujourd’hui, l’état se focalise autant plus sur : punir, sanctionner, discipliner et contrôler. Notre état est un état répressif. Écoute par exemple comme on parle sur les pauvres (il faut responsabiliser les pauvres…), comment on semble de penser sur la culture (les subventions dans le secteur culturel : supprimées), ou sur la migration (la criminalisation des migrants), soit l’exclusion (ignorer des millions de gens) et inégalité qui ne cesse pas d’augmenter.

Nous vivons dans des états où nous perdons de plus en plus de droits. Il y a moins en moins d’espace pour l’homme et cet espace libre que limité devient en plus rempli avec des caméras et des barrières Nadar. Des millions de dollars sont dépensés en force militaire, en manipulation – pour ne pas dire : bourrage de crâne des gens via les médias commerciaux et des politiciens qui se connaissent surtout en matière de populisme. Via ce populisme et ce bourrage de crâne des médias le citoyen se voit très vite persuadé. Si ces phénomènes ne sont pas des symptômes du fascisme, alors je ne le sais plus. L’histoire ne se répète jamais de la même façon, mais également en examinant les plus veilles formes du fascisme, on retrouve facilement des pratiques identiques.

Si une société est remplie de haine, cette haine se traduira tôt ou tard dans les actions. Non seulement les exécuteurs (comme Anders Breivik), mais aussi bien les porte-paroles du discours (les philosophes, les politiciens, les médias) et les gens qui suivent ‘passivement’ (des citoyens bien souvent de bonne foi), ils sont tous en partie responsable.

À Norvège, on tenait à la tradition de ne pas sanctionner/punir des criminels déclarés de souffrir d’une maladie mentale. Mais quant à Breivik, il faudra que la société norvégienne réfléchie au fond. Laisser l’affaire dans les mains des ‘experts’ désignés, ou bien avoir le courage de se mettre également soi-même – en tant que société – en question, et ceci bien en profondeur. S’agit-il d’un individu psychotique isolé, ou est-ce qu’on a à faire avec un néofasciste d’extrême-droite qui vient de traduire ses ‘idées’ en action ? Je pense bien que c’est le dernier. Si ce néofascisme est considéré comme une maladie mentale qui n’est pas sanctionnée, alors nous donnons ‘carte blanche’ au néofascisme.

Bleri Lleshi est philosophe politique

Traduction du néerlandais par Monique Spithoven

One thought on “Le néofascisme reçoit-il carte blanche ?

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