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Après 8 ans d’absence, Zebda (beurre en arabe) est de retour en force, regonflé à bloc par l’ère Sarkozy. Ce groupe pionnier de la fusion rock/reggae/rai française fera son retour en Belgique au Festival des Libertés, un festival qui lui va comme un gant. « Liberté, égalité, fraternité, nous croyons à ses valeurs ! »

Zebda signifie beurre en arabe, une allusion à l’injure ‘beur’ (arabe en verlan). Le groupe est né d’un mouvement de résistance enthousiaste en 1985, dans un quartier au nord de Toulouse. Le groupe emmené par les chanteurs Magyd Cherfi et les frères Mustafa et Hakim Amokrane propose un véritable melting-pot de rock, ragga, funk et raï, connus depuis leurs début pour ne pas se gêner pour pointer les dérives de la société française.

Ils ont atteint le sommet de la scène musicale française avant de se dissoudre il y a 8 ans pour prendre le temps de respirer et pour se concentrer sur des projets personnels. « Magyd a enregistré des albums solo, moi aussi, avec mon frère Hakim, » affirme Mustafa Amokrane. « On n’a jamais quitté la route. Mais là c’est bien de retrouver la scène avec Zebda et de se retrouver en famille. »

Qu’est ce qui a changé par rapport à avant ?

Mustafa Amokrane : Ces années nous ont amenées à de nouvelles expériences, un vécu qu’on porte en nous maintenant. On avait besoin de prouver à nous même qu’on était encore capable de convaincre le public, car quand on a arrêté, Zebda était au top. Avec nos nouveaux projets personnels, on a du redémarrer quelques échelons plus bas. Ça a fait du bien de voir que les fans ont adhéré.

Vous sortirez bientôt un nouvel album ?

Tout est enregistré, le disque sortira en janvier, car notre retour doit se faire avec de nouvelles chansons. Pour revenir en force, il nous fallait un acte fort, c’est-à-dire un disque. Car si la scène est au cœur de notre vie, faire de nouvelles chansons et créer de la musique ensemble est notre façon de laisser couler notre créativité.

A Bruxelles, vous jouerez des morceaux du nouvel album ?

Bien sur ! On jouera une partie du nouvel album et des anciennes chansons. Il faut qu’on montre nos nouveaux morceaux au public. Cette fragilité en face d’un public, en montrant des chansons inouïes, fait partie de l’acte de partage avec le public.

On peut s’attendre à quoi ?

Du Zebda. Parce que nous-mêmes on est super heureux de retrouver Zebda. On s’est rendu compte à quel point on avait Zebda dans le sang. Cet équilibre entre l’énergie et les idées, entre la forme et le fond… L’équilibre entre le texte et la musique est notre défi depuis 20 ans. Dans la chanson française, presque toute l’importance va aux paroles. Chez nous c’est à égalité entre paroles et musique. D’une part le métissage de rock, reggae, rap et musique orientale, d’autre part la poésie sociale. Cet équilibre est essentiel. Ce qui frappe d’ailleurs, c’est que les thématiques sont toujours les mêmes qu’à nos débuts. En 1995 on a écrit Le bruit et l’odeur par rapport à un discours de Jacques Chirac, justifiant le racisme des Français en disant : ‘si vous avez une famille africaine à coté de votre porte, avec vingt enfants, et vous ajoutez le bruit et l’odeur, c’est à en devenir fou. Ne pas tolérer ça est normal, ce n’est pas du racisme’. À l’époque on a écrit une chanson, mais avec le racisme des politiciens aujourd’hui, on pourrait faire des albums entiers ! La situation en France s’est vachement empirée…

Vraiment ?

Ça fait 10 ans que la droite est au pouvoir en France. Les débats sont graves, ces dernières années on a vécu la libération de la parole raciste. On est en pleine destruction d’une société basée sur la générosité, la solidarité, le partage, l’ouverture et le multiculturalisme. A la place vient un système qui favorise les riches, ce qui nous révolte, comme beaucoup de gens. Dans les médias, on écoute des paroles dégueulasses qui traumatisent une partie de la population. Une population visée par les institutions qui sont supposées les protéger. La droite décomplexée ose dire que c’est normal d’être raciste. Pourtant, moi je suis Français, je ne vais pas quitter la France car je suis aussi Français qu’eux. Les idées ont disparues de la campagne électoral. Aujourd’hui les politiciens font tout pour tirer des votes du Front National… Il sont en train de créer un faussé entre des gens qui vivent dans le même pays, d’accentuer les différences et de jouer sur la peur, comme Georges Bush l’a fait. Pourtant, la France est fondée sur de beaux principes de base, mais on dirait que les Français ont peur de les appliquer. Liberté, égalité, fraternité, nous croyons à ses valeurs ! Mais la réalité qu’on voit autour de nous, c’est plutôt : racisme, inégalité raciale, sociale et sexisme…

Il faudrait peut être que les Français suivent un cours d’intégration pour se réapproprier ces valeurs…

(rires) Il y a aussi des Français qui luttent pour ceux qui souffrent. Mais les patrons du pays sont arrogants, la droite est au pouvoir, on détruit la fonction publique, on enlève l’engagement… On sauve les banques (comme partout) et on dit aux gens que l’assistance c’est fini, qu’il n’y a plus d’argent. Depuis que Sarkozy est au pouvoir, il n’a fait que protéger les riches en faisant des arrangements fiscaux qui leur ont apportés des millions d’euros. En même temps il n’y a pas d’argent pour le social et le culturel…

Beaucoup de choses sont en train de changer dans le monde, en commençant pas le printemps arabe, suivi par le mouvement des Indignés et d’Occupy Wall Street. Comment vois-tu ces nouveaux mouvements sociaux de lutte contre le système ?

Ces luttent montrent qu’il y a de l’espoir, qu’en dehors du système les choses peuvent changer. Maintenant on sait que le peuple a la possibilité de refuser. Imaginez que le peuple se rende compte qu’il peut réellement faire changer les choses. Une conscientisation pareille pourrait mener à des changements profonds. Qui aurait dit que la Tunisie se libèrerait comme ça ? Les hommes au pouvoir ne sont pas tout-puissants. Mais soyons prudents, la démocratie prend du temps pour se construire. Ça ne se fait pas comme George Bush a essayé de le faire en Iraq, il faut une dimension pédagogique et culturelle. Nous croyons vraiment dans l’éducation populaire. Cette éducation a tout d’abord une dimension sociale : il faut une sécurité sociale, un toit, de quoi manger, pouvoir être en famille avant de songer à autre chose. Puis la dimension culturelle de l’éducation populaire nous apprend à prendre la parole, ce qui se travaille au quotidien, via le théâtre, l’école de musique, le sport, dans les quartiers populaires… Il travailler notre esprit critique pour créer une société généreuse.

On vit dans un moment de dualisation entre une radicalisation de la droite (en Italie, en Espagne, en France) et des révoltes populaires. Bientôt, on ne parlera plus du clash des civilisations mais du clash de la manière de voir le monde ?

En tout cas ce serait bien plus intéressant. Le clash des civilisation est une grosse embrouille. C’est quoi la civilisation aujourd’hui ? En France l’islam est la seconde religion. La religion doit rester à sa place, mais il ne faut pas fermer les yeux pour la réalité : la France n’est plus construite d’hommes blancs catholiques ou judéo-chrétiens. Les discours réactionnaires reprennent ce discours du clash des civilisation car ils espèrent ce clash. Ce qui est beau dans le mouvement des Indignés et dans les révolutions arabes, c’est la transversalité, ils dépassent les idée et constructions des sociétés. Comment veut-on vivre ? On continue à consommer à gogo ou on va vers autre chose ? On doit donner la possibilité aux gens d’être critiques par rapport au pouvoir économique qui est en train de tout tuer. Car les gens responsables pour la crise financière sont les ultralibéraux qui sont toujours en charge. Ce sont eux qui rendent l’économie toute-puissante et incontrôlable. Mais le révolte aura lieu, car l’être humain est fait pour croire dans son avenir.

Vous êtes de bons exemples d’intégration réussie. C’est super, mais la plupart des jeunes ne vont pas devenir des musiciens ou des footballers professionnels. Il faut créer des opportunités réelles, non ? Comment ?

Il y a beaucoup de gens qui malgré tout réussissent à s’en sortir. Ils le font à travers les études, l’entreprise ou le travail. Le grand problème c’est que l’ascension sociale est en pause : des familles pauvres de père en fils, des jeunes qui n’ont jamais vu travailler leurs parents…. Comment peuvent-ils songer à un meilleur futur ? En plus de ça vient la complexité de construction identitaire : être Français, Turque, Marocain, Belge ? Cette identité n’est pas nationale mais personnelle. Il faut arrêter de montrer du doigt et de stigmatiser. Et montrer l’histoire, le passé, la réalité. Dans les quartiers, on te dit que tu n’es pas chez toi alors que tu es né là… En France rien est fait depuis des années. Il faut commencer à faire un travail de fond qui commence par le langage, ne parlons plus de banlieues mais de quartiers populaires. Il faut que l’Etat s’engage et amène les outils de construction de la parole, des choses simples comme des écoles de théâtre, de musique, des ateliers d’écriture… Il faut travailler contre l’expression violente qui est la conséquence de la déconstruction de la personne. La campagne électorale va commencer en France, j’espère qu’il y aura des débats de fond avec de vraies idées, mais on s’attend au pire…

Benjamin Tollet

Zebda : le retour des beurs au Festival des Libertés

25.11.2011 21.30 – € 20/25/28

Théâtre National, Boulevard Emile Jacqmainlaan 111-115, Brussel/Bruxelles

http://www.festivaldeslibertes.be

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