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blerilleshi4_600«À Anvers sévit une épidémie de racisme», écrivait Ted Bwatu il y a un an dans une lettre parue dans De Morgen. D’origine congolaise mais né et ayant grandi à Anvers, Ted a décidé à 26 ans de partir pour Bruxelles. Principale raison : le racisme. Le même racisme que Liesbeth Homans, la deuxième personnalité politique de la ville et sans doute prochaine bourgmestre, nomme « relatif ».

La lettre de Ted a ouvert un débat sur le racisme, pour la première fois lié au fait d’être Noir, et au Congo. Un pays qui fut victime du pire colonialisme dans l’histoire de l’humanité. Les exécutions commanditées par Léopold II, Roi des Belges, entreront dans l’histoire comme l’un des pires génocides et auront coûté la vie à environ dix millions de Congolais entre 1885 et 1908. Et pourtant de nombreux Belges croient encore que les Belges n’y ont apporté que du positif, et que c’est toujours le cas aujourd’hui.

Il y a plusieurs formes de racisme. Il y a le racisme interpersonnel et le racisme institutionnel.

Il y a ceux qui ne voient rien de mal à utiliser des mots tels que « neger (nègre) », « makak (macaque) » ou « apenland » (pays des singes, pour Pays de Cocagne). Il y a ceux qui se savent racistes mais qui pensent que cela doit être accepté. Ils ont en horreur le politiquement correct. Ils préfèrent être politiquement incorrects : ils considèrent que c’est plus « courageux » et « rebelle » aujourd’hui.

Il y a aussi ceux qui se disent de gauche et progressistes parce qu’ils vivent dans un quartier multiculturel. Sans doute suivent-ils même des cours de danse « africaine », qu’ils achètent leur légumes « au magasin turc » et qu’ils vont en vacances hors-Europe. Mais en discutant avec certains d’entre eux de la migration, de l’islam ou de la discrimination sur le marché du travail, on s’aperçoit que certains d’entre eux sont en fait racistes. C’est ce qu’on appelle le racisme latent. Une forme vicieuse de racisme, car difficile à tracer. Souvent ces personnes n’en sont pas conscientes elles-mêmes.

C’est pour toutes ces personnes que nous devons initier et faire avancer le débat sur le racisme. Jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que le racisme n’est pas acceptable. Je suis sûr que les Flamands qui disent « neger (nègre) » ou « makak (macaque) » sont les premiers à se plaindre d’être traités de « sales Flamands ».

Je pourrais faire une liste d’anecdotes racistes. Des élèves qui racontent à quel point leurs enseignants le sont. Des étudiants qui se plaignent d’autres étudiants ou de professeurs qui ne s’en cachent pas. Certains de mes amis, avec une éducation supérieure et de bons postes en entreprise, pour qui le racisme est quotidien. Pour leurs collègues, ce racisme devient de « l’humour » ou « dire les choses comme elles sont ».

Le racisme quotidien est grave, mais le racisme institutionnel en Belgique est bien pire. Lorsque des enfants finissent en masse dans l’enseignement technique, professionnel ou spécial à cause de leurs origines migrantes, il s’agit de racisme institutionnel. C’est ainsi l’Etat qui discrimine de manière structurelle.

Un état doit protéger ses citoyens et lutter contre les discriminations, et non discriminer lui-même comme c’est le cas aujourd’hui. Comment pourraient changer les choses tant que le racisme est part intégrante du système d’éducation ?

Combien de recherches n’ont pas été faites aux niveaux régional, national et international  démontrant l’une après l’autre que le marché du travail belge est discriminatoire et raciste ? Combien de reportages ou d’articles n’avons-nous pas vus ou lus montrant comment le racisme sur le marché du travail opère ? Il y a même eu des condamnations pour pratiques discriminatoires. Comme en 2011, lorsque Adecco, la plus grande agence intérim du monde, fut condamnée pour les listes racistes BBB. Qu’ont fait tous nos gouvernements ? Rien, ou si peu. Est-ce étonnant que nous sommes non seulement quasi-champions mondiaux en termes d’inégalités au sein de l’éducation, mais aussi champions européens en termes d’inégalités sur le marché du travail ? Comment pourraient changer les choses si les personnes politiques en ayant la compétence ne lancent pas d’actions contre le racisme et la discrimination sur le marché du travail ?

Nous n’avons pas d’autre choix que de faire avancer le débat sur le racisme jusqu’à ce que chacun d’entre nous se rende compte que le racisme est un problème. Comme citoyens nous pouvons et nous devons prendre nos propres responsabilités. Nous devons donc être conscients des préjugés, des stéréotypes et du discours raciste que nous avons assimilé. Ce discours doit disparaître de notre quotidien. Cela n’a rien à voir avec le politiquement correct ou incorrect : il s’agit de respect. Respect pour l’autre et pour soi-même.

Les medias ont un rôle important à jouer afin d’informer le public sur le racisme et d’offrir une plateforme à ceux qui veulent/doivent participer au débat.

Le rôle le plus important reste néanmoins celui du monde politique. Le racisme institutionnel est lié aux politiques mises en place, et on ne peut s’y attaquer que via des prises de positions politiques. Les chiffres sont là, les histories derrières ces chiffres aussi, tout comme une amorce de débat. C’est maintenant aux politiques et aux décideurs de prendre leurs responsabilités et d’initier des actions claires et concrètes prouvant qu’ils veulent s’attaquer au racisme.

Seule une approche structurelle, large et audacieuse permettra de combattre le racisme.

Bleri Lleshi est philosophe politique

Traduction du néerlandais par Olivier Gbezera

http://blerilleshi.wordpress.com/

https://www.facebook.com/Bleri.Lleshi

Twitter @blerilleshi

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