Home

Monsieur le Premier Ministre, Madame le Secrétaire d’Etat, Chers lecteurs,

Aujourd’hui, cela fait trois mois que 23 demandeurs d’asile ont entamé une grève de la faim. Nonante jours : quasiment toute l’année 2012. Une action que presse et politique ont longtemps niée. Et lorsque, enfin, on en parla, ce fut pour la qualifier de chantage. Même s’ils étaient peu nombreux à connaître l’histoire des grévistes, tous avaient une opinion bien tranchée sur l’action entreprise.

Le ton était donné : la grève de la faim était un moyen de pression et, à force de répéter cet argument, bien des gens se sont imprégnés de ce discours. Reprenant les thèses avancées tant par le politique que par les faiseurs d’opinion, ils se sont progressivement convaincus qu’il s’agissait là de leur propre sentiment. C’est ainsi que le système fonctionne. Après une semaine de débats dans les différents médias, l’affaire semblait conclue et le silence retomba sur les vingt-trois.

Vu que l’opinion publique considérait l’action comme un chantage, bon nombre d’organisations décidèrent à leur tour d’observer le silence. Ceux qui hésitaient encore se taisaient eux aussi. Comble de cynisme : le fait qu’après 90 jours les grévistes soient toujours en vie fut retenu à leur charge.

Madame le Secrétaire d’Etat, vous n’avez pas jugé utile d’avoir une entrevue avec les grévistes, vous ne leur avez pas rendu visite, et même lorsqu’ils se sont rendus à votre cabinet, vous ne vous êtes pas montrée. Les partis au pouvoir ont également évité toute déclaration à ce sujet.

Depuis le début, nous sommes témoins de cette grève de la faim et nous voudrions vous faire part de la manière dont nous considérons les personnes qui mènent cette action.

Lorsque ces 23 personnes décidèrent d’entamer une grève de la faim, ce n’est pas dans l’enthousiasme que nous en avons pris acte. Nous ne voulons voir souffrir personne, que les choses soient claires. Mais les grévistes étaient déterminés. Ils avaient déjà tout tenté pour séjourner légalement dans notre pays et y travailler : demande d’asile, demande de régularisation, actions diverses et manifestations. Cette grève de la faim était leur action ultime. Un ultime geste de désespoir.

Nous pouvions choisir : les abandonner ou les soutenir. Et même si nous ne sommes pas tous d’accord avec la forme d’action qu’ils ont retenue, nous soutenons la lutte qu’ils mènent pour une vie plus digne, pour être reconnus en tant qu’êtres humains disposant de droits. Nous regrettons que l’on nous reproche de les avoir incité à mener cette action de par le soutien que nous leur manifestons, alors qu’il est nous est tellement douloureux d’assister quotidiennement à leur souffrance. Nous regrettons qu’on reproche aux grévistes de la faim d’être toujours en vie.

C’est précisément leur exceptionnelle envie de vivre qui les maintient parmi nous. Ils veulent, de toutes leurs forces, faire quelque chose de leurs vies, construire un avenir meilleur. Pour ce qui est de leur nourriture, il s’agit d’eau, de sucre, de sel et de quelques vitamines, rien de plus. Sans cela, certains d’entre eux ne seraient probablement plus là.

Jamal, qui avait cousu ses lèvres, était mal en point lorsqu’il avait décidé de ne plus ingérer que de l’eau. Nous l’avons persuadé d’y adjoindre à nouveau du sucre.

Nous écrivons cette lettre ouverte parce que nous souhaitons que le débat porte sur l’essentiel. Nous souhaitons une politique claire en ce qui concerne les réfugiés, les sans-papiers et tous ceux qui vivent une situation similaire dans notre pays. L’on ne peut continuer à se taire et à nier la réalité, d’où cet appel à rouvrir le débat, afin que des situations comme celle que nous vivons à la VUB ne se reproduisent plus. Sur le plan politique, le débat doit se tenir entre les responsables politiques et les gens du terrain, ceux qui travaillent au jour le jour dans le domaine de l’asile et de la migration. Pour les grévistes de la faim, nous demandons une solution humanitaire. Laissez-leur l’occasion de travailler dans notre pays.

Nous ne vous demandons pas de vous prononcer pour ou contre cette grève de la faim. Ni de décider si les grévistes ont tort ou raison. Ni de délimiter la fragile ligne de partage entre chantage et désespoir.

Ces personnes sont présentes dans notre pays. Certaines d’entre elles depuis des années. Tous ensemble, il nous faut trouver une solution humaine avant qu’il ne soit trop tard et qu’ils ne perdent la vie dans des circonstances indignes de notre pays.

Nous demandons donc, Monsieur le Premier Ministre, Madame le Secrétaire d’Etat, une solution politique comportant des critères permanents clairs pour les sans-papiers de ce pays, et une solution immédiate humaine pour les grévistes de la faim. Comme tout le monde, nous souhaitons que cette action prenne fin. Mais une fin assortie d’une solution correcte.

Nous espérons que chacun prendra ses responsabilités dans ce débat qui nous concerne tous. Quant à nous, nous voudrions reprendre le fil normal de nos activités mais, avant toute chose, nous voudrions que les grévistes de la faim puissent recommencer leur vie.

Pour le Kollektif sans-papiers VUB

Les etudiants : Alexandra Ooms, Neal Michiels, Mara De Belder

Bleri Lleshi, philosophe politique

Rita Vanobberghen, médecin généraliste, accompagne les grévistes de la faim à la VUB

Daniel Alliët, prêtre de l’Eglise du Béguinage de Bruxelles

 

Signé entre autres par :

Alexis Deswaef, avocat et président de la Ligue des droits de l’homme

Eric Corijn, philosophe VUB

Fred Louckx, sociologue VUB

Nadia Fadil, sociologue KUL

About these ads

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s